Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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29 septembre 2012

Un certain sourire

Classé dans : Actualité, Peinture, dessin — Miklos @ 0:15


France 2 : journal télévisé du 28 septembre 2012.

La flèche ci-dessus ne vise pas à attirer le regard vers le décolleté de la célèbre zygomateuse ; d’ailleurs, vous l’aurez remarqué, ce n’est ni tout à fait elle ni tout à fait une autre : il s’agit d’un tableau récemment dévoilé en Suisse (là où ils parlent un français qui n’est ni tout à fait le nôtre ni tout à fait un autre) qui serait celui de sa grande sœur, voire d’elle-même plus jeune, avant qu’elle ne découvre certaines réalités de la vie qui lui ont fait prendre cet air un peu coincé qu’on lui connaît.

Notre flèche est, en l’occurrence, dirigée à l’encontre de l’ortho­graphe de son nom ; ou plutôt de son appellation, qui n’est pas si contrôlée que ça. On n’a pas encore retrouvé sa carte d’identité, il serait donc présomptueux d’affirmer que la forme adoptée par France 2 est incorrecte, là où on est habitué à lire « Mona », avec un seul n. D’ailleurs, Pierre Rosenberg, autrefois président du Louvre (où s’expose la dame – que certains affirment en fait être un homme –, derrière une vitre si blindée qu’on y distingue plus les appareils photos des touristes qui visent ses mirettes que l’original), écrit, dans son Dictionnaire amoureux du Louvre :

Mais pourquoi « La Joconde » et « Monna Lisa » (ou « Mona Lisa ») ?

Pour ceux que la question interpelle, voici la réponse qu’il y donne :

Lisons Vasari (pas toujours fiable) : « Léonard se chargea, pour Fran­cesco del Giocondo, du portrait de Monna Lisa, son épouse. »

Il ne répond malheureusement qu’à la première partie de la question (et encore, en affirmant que rien n’est moins sûr), et continue, comme si de rien n’était, à l’appeler « Monna », tandis que le Louvre évite soigneusement d’utiliser ce titre dans sa notice en français, et écrit « Mona » dans la version anglaise.

Cette ambiguïté n’est pas récente : Arsène Houssaye, dans son Histoire de Léonard de Vinci, publiée en 1869, écrit en général « Monna Lisa » tout au long de son texte, mais quand il cite Vasari, orthographie « Mona Lisa », contrairement à ce qu’en a dit Pierre Rosenberg…

Selon le Rough Guide to Paris, la faute en est aux perfides Anglais :

“Mona Lisa” is, in fact, an English corruption of Monna Lisa – the historian Giorgio Vasari’s polite way of referring to madonna (my lady) Lisa Gherardini (…). 

et rajoute, comme le fait d’ailleurs Rosenberg mais avec un clin d’œil :

However, it’s not certain that the Mona Lisa depicts Monna Lisa.

Voilà, on est fixé : Monna est un diminutif de Madonna, le sujet supposé du tableau, qui s’intitule dorénavant Mona.

Quoi qu’il en soit, « Mona » a été utilisé en français il y a déjà fort longtemps : Isaac Bullart (1599-1671), dans son Académie des sciences et des arts, contenant les vies & les éloges historiques des hommes illustres qui ont excellé en ces professions depuis environ quatre siècles parmi diverses nations de l’Europe, avec leurs portraits tirés sur des originaux au naturel & plusieurs inscriptions funèbres, exactement recueillies de leur tombeaux, ouvrage complété, édité et publié par son fils Jacques-Ignace en 1682 à Bruxelles, écrit, dans le chapitre qu’il consacre à Léonard de Vinci, « cet illustre Florentin [qui] peut être mis au nombre de ceux en qui l’on rencontre par fois ces dons surnaturels que toute l’industrie humaine ne peut acquérir, et que l’on regarde comme les favoris du Ciel et les prodiges de la Nature » :

À ce propos, on ne peut manquer de signaler le beau portrait très singulier qui illustre le début de ce chapitre consacré à Léonard de Vinci, inspiré de celui qu’en a donné Giorgio Vasari dans l’édition de 1568 de son fameux Le vite de’ piu eccellenti pittori scultori et architettori. Le monogramme qu’on y distingue ici, « NDL », et qui se retrouve sur d’autres portraits de l’ouvrage de Bullart, est celui de Nicolas de Larmessin (1640-1725), comme on peut le constater grâce à l’inscription se trouvant sous l’une des autres gravures ainsi signées, De Larmessin, scul. (et ce que confirme la Biographie universelle de 1819), auteur des gravures grotesques de musiciens dont on avait déjà parlé.

De Larmessin est donc l’un des deux graveurs de l’Académie de Bullart, à propos desquels son fils écrit en préface :

Mon père […] appela pour ce sujet chez lui deux graveurs, qu’il tint plusieurs années à ses gages, leur faisant graver les portraits qu’il avait recueillis de divers endroits ; afin de rendre la mémoire de ceux qu’ils représentent, durable par le cuivre, & par la plume tout ensemble. […] Après quoi, pour mettre la dernière main à son ouvrage, je fis les éloges qui n’étaient pas encore composés, avec quelques autres dont je trouvai les portraits, & qui me parurent dignes d’y être ajoutés. […]

Peut-être aussi que tous les portraits ne plairont pas également, n’ayant pas tous une égale perfection ; quoi que faits par deux maîtres assez industrieux : mais j’espère qu’on excusera la rudesse qui se rencontre en quelques-uns, si l’on considère qu’ils ont été tirés après des estampes de bois, comme sont celles de Vasari, & qu’il est difficile de faire une bonne copie d’un méchant original. Il y en a beaucoup d’autres (je peux dire la plupart) pris sur des estampes de cuivre, où le burin a mieux réussi ; & il n’y en a point dont je ne puisse produire les originaux, la plus grande partie desquels je conserve avec le manuscrit de mon père.

Voici le portrait de Léonard de Vinci tel que le représente Larmoissin dans cet ouvrage :


Portrait de Léonard de Vinci, in l’Académie des sciences et des arts d’Isaac Bullart (1682)

Et voici « le méchant original » qu’on peut trouver dans une édition de 1568 de l’ouvrage de Vasari :


Giorgio Vasari : Portrait de Léonard de Vinci, in Le vite…, 1568
(cliquer pour agrandir)

On remarquera que l’une est l’image-miroir de l’autre, ce qui n’est pas le seul cas d’un tel renversement dans l’Académie de Bullart, résultant sans doute d’une copie droite par Larmessin de l’original vers sa planche à graver, et donc d’une inversion à l’impression ; en voici un autre exemple :


Portraits du cardinal Ægidius Albornotius (Gil Álvarez Carrillo de Albornoz)
À gauche, in Henri Albi : Eloges historiques des cardinaux illustres françois et estrangers mis en parallele avec leurs pourtraits, 1644.
À droite, in Isaac Bullart : Académie des sciences et des arts, 1682.
(cliquer pour agrandir)

On avait d’ailleurs utilisé intentionnellement ce procédé dans un contexte curieusement connexe à celui qui est à l’origine de ce billet-ci.

En passant, on signalera que la bibliothèque numérique de l’Institut national de l’histoire de l’art contient la reproduction d’un portrait de Thomas Willeborts, qui porte un mono­gramme identique à celui qu’on a vu et où ils lisent incorrectement « DVL » (ce que nous avions fait aussi à l’origine et qui nous a mené vers cette page de l’INHA…) et dont ils n’identifient pas l’auteur. Il s’agit donc de « NDL », signature de Nicolas de Larmessin, et cette estampe provient, elle aussi, de l’Académie d’Isaac Bullart. L’original que Larmessin a copié et inversé est dû à Antoine van Dyck (1599-1641). Quant à son sujet, il s’agit, comme l’indique une autre estampe de l’INHA, de Thomas Willeborts Bossaert peinctre très renommé, travaill admirablement bien en grandes figures, estimé pour pouvoir faire un pourtraict exactement bien, Son Altesse le Prince d’Orange Henry Frederic luj a faict faire beaucoup de pièces, comme aussi son filz le Prince Guillaume, aussi pour d’autres monarques, son maistre estoit Gerard Segers, est né de Bergue sur le Zoom l’an 1613 et demeure à présent à Anvers. Le leur ayant signalé, on espère qu’ils corrigeront leur notice sur le fond et sur la forme.


Notice de l’INHA concernant une estampe du portrait de Thomas Willeborts Bossaert
par Nicolas de Larmessin (cliquer pour agrandir)

20 septembre 2012

Savoir citer pour bien passer à la postérité et sauver le monde par la même occasion

Classé dans : Humour, Judaïsme, Langue, Littérature, Peinture, dessin — Miklos @ 13:40


“Allons, Jefque [petit Jef], conduis-moi à la postérité.”
Source: Universtätbibliothek Heidelberg.

ואמר ר"א אמר רבי חנינא כל האומר דבר בשם אומרו מביא גאולה לעולם שנאמר ותאמר אסתר למלך בשם מרדכי
- תלמוד בבלי, סדר מועד, מסכת מגילה, דף טו עמוד א

— Pourquoi représente-t-on la Vérité sortant du fond d’un puits ? — Parce qu’elle est souvent altérée. (Commerson, Pensées d’un emballeur, 1851)

Le Talmud de Babylone, vaste compilation datant du VIe siècle de discussions de sages juifs exilés en Mésopotamie, est essentiellement constitué de jurisprudences concernant la loi juive. Mais on y trouve aussi des maximes (ainsi que d’autres passages à caractère non juridiques) à caractère éthique, qui ont principalement pour but d’indiquer non pas ce qu’il est nécessaire, autorisé ou interdit de faire – ce que précisent ces jurisprudences –, mais comment le faire, avec quelle intention.

C’est ainsi qu’on peut y lire : « R. Eleazar, citant R. Hanina, dit : celui qui dit quelque chose au nom de celui qui l’a dit amène la rédemption au monde ». Ou, comme l’écrivait Eugène Sue dans Arthur quelques treize siècles plus tard : « Citez vos sources, comme disait toujours mon vénérable ami Arthur Young. »

Malgré cette recommandation bien plus que séculaire, on remarque que cette amusante réflexion :

J’aimerais mieux aller hériter à la poste que d’aller à la postérité.

est souvent attribuée à Alphonse Allais (par exemple : par l’« Encyclopédie » du site l’Internaute), parfois à d’autres : à Pierre Dac selon le magazine Lire ; à « un écrivain de ce siècle » d’après le Monde de l’éducation de 1998 ; à l’avocat Sirven – petit-neveu de celui qui avait donné son nom à la fameuse affaire qui avait mobilisée Voltaire – par La vie parisienne à travers le XIXe siècle, éd. par Charles Simond ; à Alexandre Breffort par le site Évène, qui l’attribue ailleurs correctement…

Or elle est tirée des Pensées d’un Emballeur pour faire suite aux maximes de François de la Rochefoucauld du journaliste Commerson (1802-1879) – qui disait de lui-même qu’il faisait des calembours jusqu’à la dysentérie –, recueil publié en 1851 (on peut voir ci-dessous l’annonce de sa publication), trois ans avant la naissance d’Alphonse Allais… Il était très apprécié de Perec qui aimait en citer ce bon mot.

En voici quelques autres du même, trouvées au hasard de nos lectures de cet ouvrage :

J’ai sur ma cheminée un marbre qui est beaucoup plus poli que certains individus de ma connaissance.

Il n’y a aucun rapport entre un âne et un musicien ; pourtant l’un et l’autre aiment le son.

Savez-vous pourquoi nous aimons tant la musique qui passe ? Parce qu’elle passe et va nous échapper.

La nature ayant horreur du vide, j’en conclus que je suis très nature quand je me trouve à l’Odéon.

J’aime mieux embrasser une femme que la profession d’avocat.

Si le chaste Joseph n’avait pas eu de manteau, je me demande par où la Putiphar aurait pu le retenir ?

Une jeune dame (fort jolie, ma foi !) me disait l’autre jour : « Vous avez une santé de fer, vous. — C’est vrai, madame, lui répondis-je, je suis de fer, mais vous êtes l’aimant ! ! !… » (Cette galanterie de ma part m’a valu une récompense honnête.)

Un amant est une agrafe. Un mari est un crampon.

Il est plus aisé de purger son enfant que de purger une hypothèque.

J’ai toujours pensé que le Mont-de-Piété était un tribut levé sur les pauvres pour soulager les indigents.

On y rajoutera quelques-unes des définitions de son Dictionnaire du Tintamarre (le Tintamarre était un hebdomadaire satirique co-fondé par Commerson), sans en omettre l’ultime :

Amitié. — Droit de se faire et de se dire les choses les plus désagréables.

Automate. — Sauce mécanique. Exemple : Bœuf automate.

Conscience. — Ustensile en caoutchouc.

Divan. — Conseil du grand Turc, composé d’un sommier élastique et de trois coussins.

Empaler. — Manière de fusiller chez les Turcs.

Étudiant. — Jeune homme qui va tous les trois mois à l’École de Droit prendre une inscription.

Faufiler. — Mettre un faux en circulation.

Galérien. — Pensionnaire de l’État.

Homard. — Grosse écrevisse pudique qui rougit dans l’eau bouillante.

Madame. — Femme défleurd’orangée.

Mademoiselle. — Fille qui demande à l’être.

Nubile. — Garçon ou fille en âge d’aller au bois.

Odéon. — Monument théâtral qui gêne l’accès du Luxembourg. Son utilité n’est appréciée que les jours de pluie, à cause de ses arcades.

Quinte. — Toux âcre et violente, en forme de violon, dont on se sert au jeu de piquet pour marquer l’intervalle de cinq notes consécutives, y compris les deux extrêmes. [Ce qui ne manquera pas de rappeler à nos lecteurs attentifs ce billet-ci.]

Reins. — Partie du corps qui se trouve au bas de l’épine du dos, et dont les bords sont magnifiques à visiter pour les voyageurs.

Rossignol. — Oiseau dont le chant ouvre les portes.

Viole. — Instrument de musique sévèrement puni par le Code pénal.

Zero. — Valeur du présent Dictionnaire.

Pour finir, on peut se demander si Allais ne s’était pas inspiré de l’une des définitions qu’on vient de voir pour son quatrain, intitulé Les Mots célèbres :

Tamerlan, conquérant farouche,
Dans un combat fit vingt captifs.
Il les fit empaler tout vifs :
On n’dit pas si c’est par la bouche..
                    Malheur aux vaincus !


Page de garde du Tintamarre du 19 janvier 1851, annonçant la publication des Pensées d’un Emballeur de Commerson. Source : Gallica (BnF).
Cliquez pour agrandir.

9 septembre 2012

Concert à Pleyel : un mort

Classé dans : Actualité, Musique, Peinture, dessin — Miklos @ 21:52


Henri de Toulouse-Lautrec : Madame Rose Caron dans Faust (détail). 1894.

Nul doute que les admirateurs de Gaston Leroux se souviennent de ce mémorable Faust où la Carlotta « se donna tout entière, avec ardeur, avec enthousiasme, avec ivresse. Son jeu n’eut plus aucune retenue ni aucune pudeur… Ce n’était plus Marguerite, c’était Carmen. » (Entre nous soit dit, je préfère de loin Faust à Carmen, mais passons).

Et soudain, de « cette bouche créée pour l’harmonie, cet instrument agile qui n’avait jamais failli, organe magnifique, générateur des plus belles sonorités, des plus difficiles accords, des plus molles modulations, des rythmes les plus ardents, sublime mécanique humaine à laquelle il ne manquait, pour être divine, que le feu du ciel qui, seul, donne la véritable émotion et soulève les âmes… cette bouche avait laissé passer… de cette bouche s’était échappé… un crapaud ! » (Gaston Leroux affectionnait les italiques et les métaphores).

Ce couac terrible glace le public, la cantatrice et les deux directeurs de l’Opéra, MM. Armand Monchardin et Firmin Richard. Et une voix, la voix de celui qu’on ne pouvait voir mais dont on devinait la présence maudite et inéluctable, la voix sans bouche, susurre dans leur oreille droite : « Elle chante ce soir à décrocher le lustre ! » (en italiques dans le texte). Et effectivement :

D’un commun mouvement, ils levèrent la tête au plafond et poussèrent un cri terrible. Le lustre, l’immense masse du lustre glissait, venait à eux, à l’appel de cette voix satanique. Décroché, le lustre plongeait des hauteurs de la salle et s’abîmait au milieu de l’orchestre, parmi mille clameurs. Ce fut une épouvante, un sauve-qui-peut général. Mon dessein n’est point de faire revivre ici une heure historique. Les curieux n’ont qu’à ouvrir les journaux de l’époque. Il y eut de nombreux blessés et une morte.

Le lustre s’était écrasé sur la tête de la malheureuse qui était venue ce soir-là, à l’Opéra, pour la première fois de sa vie, sur celle que M. Richard avait désignée comme devant remplacer dans ses fonctions d’ouvreuse Mame Giry, l’ouvreuse du fantôme. Elle était morte sur le coup et le lendemain, un journal paraissait avec cette manchette : Deux cent mille kilos sur la tête d’une concierge ! Ce fut toute son oraison funèbre.

Cet épisode du Fantôme de l’Opéra, roman publié en 1910, s’inspire d’un fait réel : lors d’une représentation de ce même Faust le 20 mai 1896, un contrepoids du célèbre lustre se décroche alors que Rose Caron chantait le rôle de Marguerite (une lithographie de Toulouse-Lautrec datée de 1894 la représente dans cet opéra ; on peut en voir un détail ci-dessus, elle n’avait pas l’air commode !), tuant net une spectatrice, concierge du quartier qui assistait à la représentation du quatrième balcon.

Ce n’est pas le seul exemple de musique qui tue – expression qu’on trouve dans un autre roman de Leroux, Le Fauteuil hanté, à propos de cet air « si triste qu’on n’en respirait plus, l’air de pleurer tous ceux qu’on avait assassinés depuis le commencement du monde !… » que joue l’orgue d’un vielleux… –, on avait fait état ici même du sort funeste qui frappe systématiquement les chefs d’orchestre qui se risquent à diriger une œuvre particulière de Mauricio Kagel ; on a pu le constater de nos propres yeux en 1999 aux Bouffes du Nord puis en 2005 à la Cité de la musique. Ah, elle mérite bien son nom de Grand macabre.

Aujourd’hui, à Pleyel, c’est la soprano américaine Deborah Polaski qui interprète le rôle d’une femme qui attend son amant, puis part à sa recherche dans la forêt sombre. Elle trébuche d’abord sur un tronc d’arbre, puis, finalement, sur le corps ensanglanté de son amant. Tout en comprenant qu’il est mort mais sans pouvoir se faire à cette idée, elle lui parle comme s’il était encore vivant. Elle en devient hystérique, le temps aussi : il semble comme suspendu pour soudain s’accélérer, passe de la clarté du matin à l’obscurité du soir quasi instantanément, et derechef s’arrêter.

C’est l’extraordinaire Erwartung (« attente »), monodrame d’Arnold Schönberg composé en 1909, interprété par le Lucerne Festival Academy Orchestra et qu’on pensait, qu’on espérait, qu’on rêvait d’entendre sous la direction de Pierre Boulez. Las, souffrant de problèmes oculaires, il a dû être remplacé par Clement Power (qui l’avait accompagné pendant les répétitions ces trois dernières semaines et dont la gestuelle nous a rappelé celle d’Olympia des Contes d’Hoffmann) et a assisté au concert depuis la salle.

Voilà donc la victime de ce concert-ci.

Cette œuvre avait été précédée de Speakings du britannique Jonathan Harvey (on avait récemment évoqué son célèbre et très beau Mortuos plango, vivos voco), qui cherche à donner ici une voix humaine à l’orchestre, et produit ainsi d’étranges sonorités, que ce soit par des moyens acoustiques ou électroniques, qui n’imitent pas la voix mais l’évoquent, parfois de façon surprenante, saisissante et très attachante. L’œuvre se termine par le son d’une voix de bébé (réelle ? électronique ?), ce qui rappellera à certains la fin de 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. Le concert s’était ouvert avec Sound and Fury, pour orchestre de cent neuf musiciens de Philippe Manoury, « violence recherchée et totalement organisée » selon les dires du compositeur.

22 août 2012

Voyage en Allemagne : préparatifs.

Classé dans : Langue, Lieux, Peinture, dessin — Miklos @ 17:54

11 août 2012

Sizain : Quand l’Ibère libère son studio

Classé dans : Langue, Littérature, Peinture, dessin — Miklos @ 14:52

   
   
Sur l’étagère :
        Un pot vide,
        Deux quiches hautes.
Sur le Tage erre,
        Impavide,
        Don Quichotte.
   
              — Miklos
   

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