Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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14 novembre 2020

Apéro virtuel II.13 – samedi 14 novembre 2020

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 23:59

Machine à coudre à moteur animal – Machine à écrire musicale dite « L’Harmoniscribe » – Brosse à dents sans manche – Métronome géant – W.C. pour bergers landais
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Michel trinque à la santé des arrivants – Jean-Philippe, suivi de Sylvie puis de Françoise (P.) – en levant un verre de côtes de Provence bio et en croquant de délicieux canistrelli au citron, biscuits originaires de Corse (et non pas d’Italie comme il l’avait suggéré).

Les quatre présents évoquent ensuite l’actualité – à commencer par cette fête clandestine monstre qui avait réuni tout à fait illégalement, la nuit dernière, plus de trois cent personnes dans un loft à Joinville-le-Pont (Val de Marne), dont au moins une s’est révélée porteuse du coronavirus, soirée qui a dégénéré en bagarre générale avant que la police n’intervienne avec des grenades de désencerclement.

On évoque ensuite le long film complotiste Hold Up devenu viral grâce (si l’on peut dire) aux réseaux sociaux, utilisant des méthodes de démagogie (mensonges, citations hors contexte, appel à l’affect et aux peurs plutôt qu’à la raison, etc.) communes aux négationnistes de la Shoah et leurs semblables pour « démontrer » une « manipulation mondiale » autour de la pandémie actuelle1. Comme le dit un professeur des écoles, « Ce documentaire a atteint un public que le fact-checking à son sujet n’atteindra jamais. Les dégâts sont considérables. »

Selon Michel, la démocratie est menacée, voire impuissante, devant ces types de phénomènes – le complotisme venant d’« en-bas », la démagogie et les abus de pouvoir venant d’« en haut » (Netanyahou, Trump…). Que reste-t-il pour nous défendre ? « La presse ! », répond Jean-Philippe. « Les gens ! », rajoute Sylvie, rappelant que depuis août des manifestations se tiennent partout en Israël chaque semaine pour demander le départ de Netanyahou. Mais qu’est-ce que cela changera ?, demande Michel, ni l’un ni l’autre de ces personnages ne sont impressionnés par les manifestations à leur encontre. Qu’est-ce qui fera sortir Trump de la Maison Blanche s’il refuse d’en partir ? « Le Secret Service », répond Sylvie. Jean-Philippe rajoute que le chef de l’État major de l’armée américaine a déclaré n’avoir prêté allégeance ni au roi ni au président, mais à la Constitution.

On en vient à discuter de la méthode actuelle utilisée dans ce pays pour déclarer le vainqueur : ce sont les médias qui le font, très rapidement, non pas basés uniquement sur un décompte (partiel) des voix, mais sur des sondages. Ce qui n’est pas sans rappeler à Michel une extraordinaire nouvelle américaine publiée en 19552 et qui illustrait, de façon ironique et prémonitoire, l’absurdité du système électoral qui se décide de fait sur un nombre de moins en moins élevé de votants et à l’aide de logiciels de statistiques de plus en plus performants.

Pour faire écho aux textes inexploitables de Hubert Haddad d’une part, et aux détournements d’œuvres littéraires et artistiques par Clémentine Mélois d’autre part, mentionnés l’un et l’autre hier par Jean-Philippe et Michel respectivement, ce dernier présente le second volume du Catalogue d’objets introuvables3 de Carelman (publié en 1976), n’ayant pas trouvé son premier volume (qu’il préfère). Carelman, à l’origine dentiste, invente des objets absolument abracadabrantesques (cf. certains dans l’image ci-dessus), qu’il représente sous forme de gravures anciennes, objets qui, pour certains, se réaliseront bien plus tard sous une forme ou une autre.

Sylvie présente un trio de sites consacrés à la culture générale : Artips pour les arts, Musiktips pour la musique et Sciencetips pour les sciences. Ceux qui s’y inscrivent (gratuitement) reçoivent une ou plusieurs fois par semaine (selon le site) un courriel avec une « anecdote décalée et mémorable à lire en une minute seulement », suivie d’un jeu-concours qui consiste à identifier l’auteur d’une œuvre dont ils montrent une image, voire identifier un animal étrange. Sylvie affiche les pages des récents concours d’Artips et de Musiktips – faisant passer un examen aux présents avant de leur montrer les réponses elles-mêmes (mais par erreur parfois avant même d’avoir laissé le temps de répondre…). Celui qui cumule le plus grand nombre de bonnes réponses dans le mois peut recevoir un livre d’Artips… L’animal étrange en question était le wombat, de la famille des mammifères marsupiaux, c’est-à-dire à poche, poche dans laquelle se développe le petit à sa naissance. Et, précise Michel, une fois parti, la mère peut se servir de sa poche pour l’autorisation de sortie en cas de confinement.

Pour ceux des présents qui, après s’être inscrits, voudraient gagner à tous les coups, Michel suggère l’utilisation des sites d’identification de photos Google Images et TinEye, complémentaires (parfois l’un identifie ce que l’autre n’arrive pas à trouver) et qui lui a servi dans diverses occasions (en général, pour identifier des arnaques dans des annonces de location…).

De son côté, pour faire écho aux récentes évocations d’école communale (par exemple dans la visite du musée national de l’éducation à Rouen, il y a quatre jours), Françoise (P.) montre l’ouvrage À l’encre violette. Un siècle de vie quotidienne à la communale, de Clive Lamming, qui comprend de nombreuses photos4 – en noir et blanc principalement, assez sombre et triste, selon Françoise.

Michel remarque que l’école communale ne s’appelle plus ainsi de nos jours, mais, comme le précise Sylvie, « école primaire ». Il trouve cet abandon regrettable, « communale » suggérant ce qui est commun à tous, et quand on dit de quelqu’un qu’il est primaire, ce n’est pas un compliment !

À ce propos, Jean-Philippe conseille d’écouter l’enregistrement de l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut chez France Culture de ce matin consacrée à Régis Debray, retraçant son parcours depuis la lutte armée et politique en Amérique latine jusqu’à ses engagements et réflexions plus récentes autour de la « médiologie » ainsi qu’également la place de l’Histoire et de la Nature pour comprendre l’actuel changement de paradigme. Michel en profite pour raconter avoir croisé Régis Debray chez Marcel Bénabou, alors, et toujours, secrétaire définitivement provisoire (c’est son titre officiel) de l’Oulipo (et donc encore un écho à Clémentine Mélois, membre du même organisme…).

Pour finir, Sylvie rappelle que ce soir a lieu La Nuit des musées, qui se fera de façon virtuelle, ou, comme le précise la Ville de Paris, sous la couette… Elle fournit aussi un lien récent en provenance du Grand Palais consacré à la naissance du fauvisme.

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1. On trouvera ici l’article que Libération a consacré à ce « documentaire » dans sa rubrique Check News.

2. Il s’agit de Franchise (en français : Le Votant) d’Isaac Asimov. On trouvera ici un extrait très significatif (en français) de l’essence de cette nouvelle.

3. Le titre se poursuit, comme celui de recueils bien plus anciens, par « …et cependant indispensables aux personnes telles que : acrobates, ajusteurs, […] xylographes, yogis, zingueurs et bricoleurs en tous genres… » En feuilletant l’ouvrage, ne pas oublier de lire la très fine ligne de citations en bas de chaque page !

4. Provenant, pour une bonne part, de quatre musées de l’éducation dont celui de Rouen… Cf. cet article.

13 novembre 2020

Apéro virtuel II.12 – vendredi 13 novembre 2020

Classé dans : Littérature — Miklos @ 23:59

Françoise (C.) arrivée quelques instants avant Jean-Philippe puis Sylvie, elle exprime à Michel sa sidération sur le fait qu’on puisse cliquer sur un mot d’une phrase (par exemple : « cliquez ici ») pour que s’ouvre une autre page ou fenêtre à l’écran avec du texte, des images ou de la musique. Michel explique que cette technique, appelée hypertexte, est vraiment simple à comprendre : il tâchera de l’expliquer ici prochainement.

Jean-Philippe étant arrivé, une discussion s’engage sur les prénoms – il y a parfois jusqu’à trois Françoises présentes aux apéros, ce qui réduit de beaucoup le taux d’erreurs dans la remémoration du prénom à insérer dans le « Bonjour X ». Il rajoute que non seulement il y avait (et il y a toujours) des modes, mais autrefois il y avait une régle­men­tation beaucoup plus stricte qui n’autorisait que certains prénoms et pas d’autres, alors qu’aujourd’hui quasiment tous sont permis, à cause d’un grand débat qui a eu lieu dans les années 1980 autour du prénom « Cerise », interdit jusque là. Michel raconte que ses parents ont eu du mal (mais réussi) à l’inscrire à sa naissance (qui prédatait de loin celle de la fameuse Cerise) sous le prénom « Michael » que Françoise (C.) associe avec le dragon…

Passant aux choses sérieuses, Michel demande aux participants d’identifier ce qui se trouve en fond de son écran (voir ci-dessus). Sylvie n’hésite pas à y lire « Le DVD » (même quand on lui dit de mieux regarder !), alors que Françoise (C.) parle plutôt d’un poème. C’est Jean-Philippe qui l’identifie comme une variante du Dormeur du val d’Arthur Rimbaud – poème qu’il avait lu à l’apéro d’avant-hier… – à quoi Michel précise qu’il ne s’agit pas d’une variante, mais du texte original, où certains groupes de mots ont été remplacés par leurs initiales : ainsi, « Le DDV » dénote « Le Dormeur du val », « HDA » pour « haillons dargent », etc. Cette Anthologie de la poésie française pour l’administration est l’œuvre de Clémentine Mélois, plasticienne membre de l’Oulipo (faut-il s’en étonner ?), qui fait de jolis détournements humoristiques de couvertures de livres, de poèmes, d’images, de tableaux, d’affiches… par de subtiles modi­fi­cations des illustrations et des jeux de mots savants sur les titres et les textes, qui, souvent, expriment aussi une critique politique ou sociale sous-jacente ; il faut évidemment connaître les originaux pour appré­cier ses transformations très oulipiennes. Michel montre alors quelques photos qu’il avait prises lors d’une exposition des œuvres de Mélois sur laquelle il était vraiment tombé par hasard, exposition intitulée « Lit tes ratures ! Ou Une exposition à rater » : dès les trois premiers mots, deux jeux : ils se prononcent « Littérature », et le mot ratures est utilisé dans la seconde moitié du titre, à lire ainsi « Une exposition à ne pas rater » (« ne pas », parce que « rater » est barré…).

Françoise (P.) débute un quiz poétique : elle lit les premiers vers d’un poème, les présents devront dire la suite et l’identifier. Ainsi, on entend successivement :

  1. Le temps a laissé son manteau / De vent de froidure et de pluie…
  2. Frères humains qui après nous vivez… (dont Michel transforme intentionnellement le troisième vers à la Mélois : « Car si pitié de nous pauvres Ave Maria…),
  3. Mignonne, allons voir si la rose…
  4. Quand vous serez bien vieille, le soir à la chandelle…
  5. Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage…
  6. Coucher trois dans un drap, sans feu ni sans chandelle…
  7. Les Levantins en leur légende / Disent qu’un certain Rat, las des soins d’ici-bas…
  8. L’épi naissant mûrit de la faux respecté…
  9. J’irai, j’irai porter ma couronne effeuillée / Au jardin de mon père où revit toute fleur…
  10. J’ai voulu ce matin te rapporter des roses…
  11. Ainsi, toujours poussé vers de nouveaux rivages…
  12. Les nuages couraient sur la lune enflammée…
  13. Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres / Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux…
  14. Je suis le ténébreux, le veuf, l’inconsolé…
  15. Mon enfant, ma sœur, / Songe à la douceur / D’aller là-bas vivre ensemble !… suite à quoi Michel en fait écouter sa mise en musique par Henri Duparc, chanté par la soprano Kiri Te Kanawa accompagnée par l’Orchestre symphonique de l’Opéra national de Bruxelles, sous la direction de Sir John Pritchard (1984). Puis, Sylvie cite un poème du même, « Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre… »
  16. Les sanglots longs / Des violons / De l’automne / Blessent mon cœur / D’une langueur / Monotone…
  17. Mon âme est une infante en robe de parade / Dont l’exil se reflète, éternel et royal

Michel raconte, qu’ayant quitté la France à 14 ans pour revenir en Israël, il n’y avait pas étudié des poèmes en français, donc ceux qu’il connaît soit prédatent ce départ (et donc appris plutôt commen enfant) ou découverts par intérêt personnel plus tard. Il a surtout étudié des poèmes en hébreu, puis quelques-uns en anglais – Sylvie mentionne de son côté The Daffodils – puis, lors de son séjour de plusieurs années aux USA, il y découvre nombre de poètes américains – donc plus contemporains – de grande qualité, à l’instar de John Ashbery, e. e. cummings (en minuscules initiales), Emily Dickinson, Donald Justice, le quasi oulipien Ogden Nash, Edna St. Vincent Millay…

Sylvie lance « J’ai mis mon képi dans la cage / et je suis sorti avec l’oiseau sur la tête… », dont Françoise (P.) identifie rapidement le poète, puis poursuit avec « Il dit non avec la tête… », du même. C’est le fameux cancre, dont Michel dit que ce n’était pas parce qu’il était bête, mais plutôt hors système, et c’est sans doute l’instituteur qui n’avait pas su lui en ouvrir les portes. Jean-Philippe ajoute qu’un tel poème est plus facile à apprendre pour un cancre, il s’y reconnaît, ce n’est pas si loin de sa propre expérience. Mais il est vrai que le titre « Le cancre » n’est pas une étiquette flatteuse… On se met alors à rechercher un titre alternatif : « Le nul » pour Françoise (P.), « Le mec vraiment libre » pour Michel, voire « Le mec qu’en a rien à foutre » pour Françoise (P.), « Le keum qu’est libre » pour Sylvie.

Jean-Philippe prend alors la parole pour continuer dans le sens de ce qui s’était dit aujourd’hui et hier ; il présente un ouvrage de Hubert Haddad, frère de Michel Haddad dont Sylvie avait parlé hier : Le Nouveau Magasin d’écriture, compilation de nombreux carnets (le livre fait presque 1000 pages…) dans lesquels cet auteur très productif avait noté des idées souvent abracadabrantes et inexploitables pour de futurs romans mais sur lesquelles on peut laisser son imagination gambader.

12 novembre 2020

Apéro virtuel II.11 – jeudi 12 novembre 2020

Classé dans : Arts et beaux-arts — Miklos @ 23:59

Le Mont Ararat vue de Tegher (Arménie). © Michel Fingerhut 2012Le Mont Ararat vu de Tegher (Arménie). Cliquer pour agrandir.

Bien que les répétitions de sa chorale ont lieu le jeudi soir, Sylvie se joint à l’apéro : depuis le couvre-feu, les répétitions ont été avancées, et avec l’arrivée du reconfinement, elles ont lieu par Zoom… : après s’être interpelés et échangés des « salut machin comment tu vas ? », les choristes font de l’échauffement des voix, micros coupés (ils n’entendent donc que le chef et personne ne les entend), aujourd’hui par vocalises sur des noms de fromage1 (genre, « ca-a-mem-bert, saint-mar-ce-lin ») ; puis passant à l’œuvre répétée, qu’ils chantent soit voix après voix soit ensemble, sans entendre personne d’autre que le chef au piano, les micros étant toujours coupés. Ce soir, où ils répétaient le Domine ad adjvandum me festina, Rv 593 d’Antonio Vivaldi, Sylvie a participé à la première phrase (musicale) qu’elle maîtrise parfaitement, mais étant larguée après le début de la seconde, elle est partie rejoindre l’apéro de ce soir.

Pour faire suite aux précédents épisodes où l’on avait évoqué Belle­ville, Sylvie lit ensuite un passage de sa thèse de doctorat en urba­nisme et amé­na­gement, publiée en 2001 sous le titre de Paris-gouver­nance, ou les malices des politiques urbaines (J.Chirac/J.Tibéri). L’extrait en question est consacré au Bas Belleville, quartier historique et haut lieu du Paris populaire, dont elle brosse brièvement les métamorphoses successives depuis les années 1850 – La Courtille, lieu de bacchanales et de bambocheurs ; une barricade de la Commune ; l’arrivée des « classes dangereuses », les déshérités chassés des autres quartiers par les travaux haussmanniens les chassant d’ailleurs ; juifs de Russie et de Pologne fuyant les pogroms ; Arméniens et Grecs chassés par les Turcs ; républicains espagnols chassés par les franquistes ; le groupe de résistance Manouchian ; juifs rescapés de l’Holocauste ; Algériens, Marocains, Tunisiens durant « les événements d’Afrique du Nord », juifs comme musulmans ; Maliens, Portugais, Asiatiques… « autant de minorités ethniques et culturelles qui font de Belleville l’un des quartiers les plus hauts en couleurs de la capitale ». Quant à la couverture de l’édition de sa thèse (qui concerne Paris), elle est illustrée d’un tableau représentant Jérusalem (!) par le peintre Michel Haddad (frère de Hubert Haddad).

Elle poursuit en brossant les tentatives de raser, dans les années 1980, les immeubles vétustes et insalubres du quartier pour les replacer par un pendant à l’est de Paris du palais des Congrès de l’ouest, et de la mobilisation d’une association, La Bellevilleuse, pour s’y opposer, et éviter destructions et évictions. La Ville renoncera à la ZAC Ramponeau-Belleville fin 1995. Jean-Philippe précise alors que ce projet de création de « grands équipements » dans l’est de Paris a tout de même laissé quelques traces : les tours de la porte de Bagnolet, le Palais omnisport de Paris-Bercy et le Ministère des finances (et ultérieurement, la nouvelle BnF dans le XIIIe). Sylvie précise que tous ces réaménagements de l’est parisien (et pas que de l’est) découlent du « Plan programme de la Ville de Paris », élaboré en 1993, et qui a donné naissance à toutes sortes d’associations voulant éviter cette politique de tabula rasa.

En écho de la triste actualité qui frappe l’Arménie, Michel présente quelques photos de son voyage à Yerevan en 2012 pour raisons professionnelles – non pas de la ville elle-même qui n’a pas eu beaucoup de charme à ses yeux – mais de deux villages : Tegher, complexe monastique datant du XIIIe siècle, dont ses collègues et lui ont pu visiter l’église sobre et y entendre un chant impressionnant, situé au pied de l’Aragats (plus haute montagne de l’Arménie, s’élevant à plus de 4000 m, à ne pas confondre avec l’Ararat – montagne sacrée pour les Arméniens mais maintenant en Turquie, et que l’on aperçoit de bien des endroits) ; puis Khor Virap, autre monastère (fortifié) et premier lieu saint de l’Arménie, d’où l’on aperçoit d’encore plus près – la frontière n’est plus qu’à 200 m – le mont Ararat. Ensuite Michel montre quelques splendides manuscrits anciens dans une variété de langues, que l’on peut voir au Matenadaran (à Yerevan) parmi une impressionnante collection de documents anciens, puis quelques-uns des objets étranges et merveilleux conçus par Sergey Parajanov (1924-1990), grand réalisateur (entre autres de La Couleur de la grenade) d’origine arménienne né en Géorgie, objets présents dans le musée qui lui est consacré (également à Yerevan). L’Arménie est – hélas – connue principalement par ses exilés ou leurs descendants, à l’instar d’Aram Khachaturian, Gurdjieff, Komitas, William Saroyan, Cathy Berberian, Calouste Gulbenkian, Charles Aznavour, Andre Agassi, Cher, Patrick Fiori…

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1. Comme il y en a quelque 1200 variétés rien qu’en France, cela fait concurrence en longueur avec les opéras de Wagner !

11 novembre 2020

Apéro virtuel II.10 – mercredi 11 novembre 2020

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 23:59


Cliquer pour agrandir.

Françoise (P.) n’arrivant toujours pas à se connecter à Zoom sur son PC avec le son, elle rejoint l’apéritif avec son téléphone portable et se retrouve en deux exemplaires différents sur les écrans de tous, ce qui rappelle à Michel la géniale nouvelle « Les Sabines » de Marcel Aymé (et non d’Alphonse Allais, comme sa langue fourchue le dit initialement, ah cette proximité dans l’alphabet… !), publiée dans le recueil Le Passe-muraille. Au lieu de la raconter ici même, vous la trouverez . Il en profite pour expliquer son font d’écran, affichant des bésicles, un bicycle et deux sicles (dont : un autre bi sicle), le tout intitulé Re-cyclage, et faisant allusion à une série de photos récentes.

Françoise (B.) présente alors un ouvrage extraordinaire, Description de l’Égypte, ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l’expédition de l’Armée française, publié par les ordres de sa Majesté l’Empereur Napoléon le Grand entre 1809 et 1829, dont elle possède une un volume de près de 1000 planches (alors que l’édition originale comprend 13 volumes de planches et 10 volumes de textes, comme décrit ici). Elle en présente quelques reproductions – zoologie, instruments de musique, monuments (avec les deux obélisques du temple de Luxor, l’un des deux étant maintenant place de la Concorde et Mitterrand ayant renoncé au second)… – qui donnent une petite vue de l’immense travail accompli par les nombreux scientifiques qui avaient accompagné cette expédition. Jean-Philippe dit alors que le jeune Champollion, tombé par hasard sur un volume de cette édition monumentale, y a trouvé le goût et l’intérêt pour l’égyptologie1.

Françoise (P.) (dans sa seconde incarnation), venant du milieu de la publicité (comme ses parents, dont elle cite la publicité et le jingle pour les slips JIL) présente un ouvrage plus récent (2012) et d’une nature un peu différente, Les pubs que vous ne verrez plus jamais : 100 ans de publicités sexistes, racistes, ou tout simplement stupides d’Annie Pastor. Ne pouvant montrer à l’écran ces publicités (non par censure mais du fait de l’utilisation de son téléphone portable pour zoomer, elle en lit quelques-uns des slogans encourageant la tabagie (raciste, genre, « Le tabac rend plus fort et donne le courage de battre n’importe quel sauvage », sexiste, genre, « Quelques volutes de fumée, et les femmes tombent comme des mouches ») et d’autres l’alcoolémie, suite à quoi un échange s’installe autour de l’expérience (passée) de Sylvie, de Michel et de Françoise (P.) avec la cigarette, la facilité ou difficulté d’arrêter d’en fumer; les effets éventuels de cet arrêt, et la nécessité (ou non) de s’en méfier encore maintenant.

Jean-Philippe évoque d’abord la cérémonie du jour marquant le 11 novembre et les quatre profanations (ou tentatives de profanation) de la tombe du Soldat inconnu, puis l’entrée au Panthéon de Maurice Genevoix. Ne détenant aucun de ses ouvrages, il ne peut en faire la lecture, il se retourne donc vers un poème d’Arthur Rimbaud, Le Dormeur du val écrit dans la suite de la guerre de 70 et qui a été une référence pour Genevoix lorsqu’il a écrit Ceux de 14, basé sur les notes qu’il avait prises (au crayon papier) dans les tranchées dans des carnets de moleskine. Après ces précisions, Jean-Philippe en fait la lecture, puis évoque la polémique autour d’une pétition pour la panthéonisation de Rimbaud et de Verlaine au Panthéon. Michel, parti entre temps à la recherche d’un de ses cahiers de récitation (de l’école communale) qu’il ne trouve pas et revenu avec un autre, raconte avoir appris ce poème à l’école communale. Il feuillette le cahier rapporté et montre comment les pauses, les syllabes muettes, les liaisons étaient indiquées pour que les élèves les récitent convenablement, art qui se perd de nos jours autant chez les élèves (auxquels on n’apprend plus qu’à mémoriser les mots) que les adultes. À ce propos, Françoise (P.) raconte alors avoir récemment entendu un ministre parler de « quatre z’enfants », Sylvie précisant que cela s’appelle « une liaison mal t’à propos ».

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1. En fait, son intérêt prédaterait la première publication de l’ouvrage en question (à partir de 1809), tel qu’il l’écrit déjà en 1806 (donc : à 16 ans) dans une lettre à ses parents&nbsp:: « Je veux faire de cette antique nation une étude approfondie et continuelle. L’enthousiasme où la description de leurs monuments énormes m’a porté, l’admiration dont m’ont rempli leur puissance et leurs connaissances, vont s’accroître par les nouvelles notions que j’acquerrai. De tous les peuples que j’aime le mieux, je vous avouerai qu’aucun ne balance les Égyptiens dans mon cœur. » Il avait en fait rencontré en juin 1805 Dom Raphaël de Monachis, moine grec proche de Bonaparte ayant participé à l’expédition d’Égypte, par l’intermédiaire de Fourier, et il est probable que celui-ci lui démontre que le copte vient de l’égyptien ancien. Il veut alors s’engager dans l’étude de cette langue mais ne peut le faire alors. Il semblerait que sa passion pour les hiéroglyphes égyptiens serait venue, entre autres, du livre de Bernard de Montfaucon intitulé L’Antiquité expliquée et représentée en figures publié en 1719 (Champollion étant alors âgé de 29 ans).

10 novembre 2020

Apéro virtuel II.9 – mardi 10 novembre 2020

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts — Miklos @ 23:59

En arrière-plan de Michel on peut voir une affiche – datant sans doute de la première moitié du XXe siècle, d’après son style –, proclamant « Fais le bien sur-le-champ, tu n’es pas sûr de vivre longtemps ». Sitôt aperçue par Jean-Philippe, celui-ci brandit une brochure de spectacle (au Théâtre des Quartiers d’Ivry, du 9 mai au 5 juin 2016) de La Cerisaie d’Anton Tchekov (quelle magnifique pièce !) sur la couverture de laquelle il est écrit « De toutes façons, on meurt ». Ça commence bien… En fait, celle de Michel est exposée au Musée national de l’éducation à Rouen, ville qu’il a visitée avec François, et fait partie des photos qu’il y a prises (ici, à partir de la photo n° 22) et qu’il fait défiler ce soir à l’écran, alliant ainsi les thèmes de voyage et pédagogie. On y remarque entre autres des élèves bien sages, les instituteurs enseignant aux garçons et les institutrices aux filles (et pas que la couture), les pupitres en bois, les encriers (à ce propos, on évoque les plumes Sergent-Major, les essuie-plumes et les buvards !), une publicité pour la gouache Caran d’Ache, des bons points de styles variés (et notamment un illustré du corbeau de La Fontaine tenant en son bec un fromage, et fourni en tant que publicité d’une marque de chocolats…), un guide-chant à manivelle, des planches illustrant diverses matières enseignées (à propos desquelles Jean-Philippe feuillette à l’écran Leçons de choses, ouvrage regroupant nombre des planches pédagogiques de Deyrolle qu’on voyait aux murs des classes), la couverture du Roti-Cochon ou Méthode très-facile pour bien apprendre les enfans à lire en latin & en françois par des inscriptions moralement expliquées [...] très-utile, & même nécessaire, tant pour la vie & le salut, que pour la gloire de Dieu, les tables de multiplication, de grandes pancartes alertant contre l’alcoolisme (ce qui rappelle à Michel le Papa, ne bois pas, pense à nous, du métro, où une main facétieuse avait rajouté tout après le pas, et à Françoise (C.) le Dubo Dubon Dubonnet des tunnels du métro)… Pour finir sa présentation, Michel montre la couverture de la « Méthode active de grammaire et de français » intitulée La grammaire nouvelle et le français des petits, un de ses tous premiers livres d’apprentissage de la grammaire, au revers de laquelle il avait dessiné le célèbre 0 + 0 = la tête à Toto.

Françoise (P.) présente Sœur Corita Kent, tombée dans l’oubli après avoir été considérée icône du pop art, qui est maintenant à l’honneur d’une réjouissante exposition à Nice, She-Bam Pow Pop Wizz ! Les Amazones du Pop (voir ci-dessous l’article de Soline Delos que le magazine Elle lui consacre et dont Françoise lit quelques lignes). Recommandée aussi, une très intéressante page (en anglais) consacrée à sa vie (texte et vidéos), à ses œuvres et à son style, illustrée de quelques reproductions. Pour Michel, l’affiche intitulée Immaculate Heart College Art Department Rules est purement géniale et si vraie ! Puis Françoise continue en mentionnant le décès récent (6/11) d’un publicitaire important, Jean-Michel Goudard, cofondateur avec Jacques Séguéla du réseau international de publicité Havas Worldwide (ex Euro RSCG) et proche conseiller de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy (alors que Séguéla soutenait Mitterand). On pourra lire ici la lettre que Séguéla lui adresse.

Et même si la thématique cuisine n’a pas été développée, on a eu la recette de la mayonnaise faite maison, on a vu du curry vert et brièvement évoqué la crème Budwig dont on trouvera la recette originale ici.

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Soeur Corita Kent : pop modèle
(Source : Elle)

Le 25 décembre  1967, l’hebdomadaire américain « Newsweek » consacrait sa couverture de Noël à une religieuse hors norme, sister Corita Kent. À 49 ans, cette sœur de l’ordre du Cœur immaculé de Marie, à Los Angeles, est alors considérée comme une icône du pop art, avec ses sérigraphies aux couleurs vivifiantes prônant la tolérance. Pédagogue attentive et exigeante, elle enseigne également à l’Imma­culate Heart College, diffusant sur le juke-box de l’établis­sement les chansons de Bob Dylan ou projetant sur grand écran le dernier film de François Truffaut. Parmi ses admi­rateurs : Alfred Hitchcock, John Cage, les designers Ray et Charles Eames ou encore l’architecte visionnaire Richard Buckminster Fuller, qui décrira sa classe comme « l’une des expériences les plus fondamentalement inspirantes de [sa] vie ». Si Corita Kent joue avec les mots depuis les années 1950, c’est en 1962, lorsqu’elle découvre les « Campbell’ Soup Cans » d’un certain Andy Warhol à la Ferus Gallery, haut lieu de la contre-culture californienne, que son art prend définitivement les couleurs du pop.

TROP RADICALE POUR L’ÉGLISE

L’élève a trouvé son maître, mais c’est peut-être aussi l’inverse, car certains avancent que les sérigraphies de sister Corita auraient influencé le jeune artiste. Dès lors, elle puise sans réserve dans la société de consommation, les slogans publicitaires, les enseignes de rue, les magazines, les paroles de chansons, maniant comme personne le copier-coller et les images fortes pour diffuser des messages de plus en plus engagés. Elle critique la brutalité de l’armée américaine au Vietnam, accompagne les féministes, condamne les inégalités raciales. Trop radicale pour l’Église, elle quitte les ordres en 1969 et s’installe à Boston, où elle peint notamment le célèbre « Rainbow Swash » sur une citerne de gaz, tout en luttant contre un cancer qui l’emporte en 1986. « Elle a inventé un art qui donne envie d’être dans l’action, sans donner de leçon de morale », expliquent Hélène Guenin et Géraldine Gourbe, commissaires de l’exposition « Les Amazones du pop ». L’occasion de découvrir également d’autres oubliées du pop art et féministes avant l’heure, comme Nicola L., Dorothy Iannone ou encore Kiki Kogelnik. Alléluia pour sister Corita et pop bless America !

« LES AMAZONES DU POP », jusqu’au 28 mars 2021, Musée d’art moderne et d’art contemporain, Nice (06).

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