Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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3 décembre 2010

La réponse de la bergère au berger

Classé dans : Musique — Miklos @ 23:49

Voici la réponse de Catherine aux reproches de Pierrot (elle se chante sur le même air), incapable qu’il est d’arriver à ses fins. La coquine explique au nigaud qu’il aurait mieux fait d’avoir les yeux en face des trous, la main plus leste et le compor­tement plus hardi. Mais quand on en arrive aux explications de texte, c’est que l’occasion n’a pas fait le larron et est perdue. Ah, si Pierrot avait agi comme le beau Colas, qui, au fond d’un bois solitaire, avait vu la fille au gros Lucas qui dormait sur la fougère… ! On vous chantera une autre fois ce qu’il en advint.

P

ierrot, finis ta légende ;
Pourquoi tant me quereller ?
Si tu veux que je me rende,
Il faut autrement parler.
Je t’ai souvent mis à même ;
Mais tu n’es qu’un pauvre sot,
Qui n’as jamais de toi-même
Su comprendre à demi-mot.

Tes reproches sont frivoles
Et ne sont que d’un nigaud ;
Tes doucereuses paroles
Ne valent pas un zéro.
Pour ignorer mon envie,
Quand je te l’ai donné beau,
Il faut n’avoir de sa vie
Mené la vache au taureau.

Étant près d’un bois, seulette,
Je te vis de loin venir,
Je me couchai sur l’herbette.
Et fis semblant de dormir.
Tu m’appelas paresseuse
Sitôt que tu m’aperçus :
J’eus beau faire la dormeuse,
Tu m’éveillas, et rien plus.

Un jour que sur une chaise
Tu me brandouillais1 si bien,
Mes yeux, ardents comme braise,
Ne te demandaient-ils rien ?
Tu me voyais en désordre,
Et je te disais tout bas :
Le bon chien ! s’il voulait mordre ;
Mais tu ne m’entendis pas.

L’autre jour, dans ma pochette
Tu fouillais tout doucement,
Et ta main toujours discrète
Ne sut passer plus avant.
Puis la retirant bien vite,
Tu ne pris que mon couteau :
Si tu prends un lièvre au gîte,
Ce sera du fruit nouveau.

Que veux-tu que je te dise ?
Ce ne serait jamais fait.
Ne t’en prends qu’à ta bêtise,
Si tu n’es pas satisfait.
Telle chose que je fasse,
Tu ne t’en ébranles pas ;
Vingt fois un autre, à ta place,
M’aurait fàit sauter le pas.

Lorsque tu me fais la mine2
De ce que j’aime Lucas,
Et que ton humeur chagrine
S’oppose à tous mes ébats ;
Tu me parais plus étrange
Que le chien du jardinier,
Qui ne veut pas que l’on mange
L’herbe qu’il ne peut brouter.

1 Balancer.

2 Faire la tête.

22 novembre 2010

Souvent femme varie…

Classé dans : Musique — Miklos @ 3:26

Élèves de neuvième, notre professeur de solfège Mademoiselle Farenc nous avait enseigné, en s’accompagnant d’un guide-chant, les deux premiers couplets de Ton humeur est, Catherine (ainsi, d’ailleurs, que Les trois hussards, bien moins gaillarde malgré ses trois protagonistes qui « marchaient de façon gaillarde et chantaient d’un air dégagé »). Son auteur, on vient de l’apprendre un demi-siècle plus tard, est un certain Desroches (1686-1735) « donné comme excellent dans le genre Qui imite ou rappelle la poésie de Marot, sa manière, ses procédés (genre familier, ton de badinage, emploi d’archaïsmes, etc. (TLFi)marotique élégant et badin, témoin la chanson qui a tant couru, qu’on n’a pas oubliée à Paris et qu’il fait en sa première jeunesse : Ton humeur est, Catherine. » (cité par Henri Jacoubet, in Le comte de Tressan et les origines du genre troubadour, 1923).

Effectivement : nombre de comédies françaises de l’époque en reprenaient l’air sur d’autres paroles, mais, plus curieusement, elle est citée dans Polly (1729), opéra de John Gay, qui est la suite de son célèbre Beggar’s Opera (qui inspirera l’Opéra de quat’ sous de Kurt Weill et Bertold Brecht, deux siècles plus tard). Dans Polly, c’en est une traduction fidèle dans l’esprit comme on peut le voir en comparant ce couplet avec l’original :

Woman’s like the flatt’ring ocean;
    Who her pathless ways can find?
Every blast directs her motion;
    Now she’s angry, now she’s kind.
What a fool’s the vent’rous lover,
    Whirl’d and toss’d by every wind?
Can the bark the port recover
    When the silly pilot’s blind?

À lire la version intégrale de l’original, on comprend enfin pourquoi la demoiselle qui devait avoir coiffé une autre Catherine, la sainte, depuis belle lurette, ne nous en avait révélé que le début…

T

on humeur est, Catherine,
Plus aigre qu’un citron vert,
On ne sait qui te chagrine
Ni qui gagne, ni qui perd ;
Qu’on soit sage ou qu’on badine,
Avec toi c’est choux pour choux,
Comme un vrai fagot d’épines
Tu piques par tous les bouts.

Si je parle tu t’offenses ;
Tu grognes si je me tais ;
Lorsque je me plains tu danses,
Quand je ris je te déplais :
À ton oreille mal faite,
Mes chansons ne valent rien,
Et ma tant douce musette1,
N’est qu’un instrument de chien.

Cependant quoi que tu dises,
Je ne puis quitter ces lieux :
Et quoique tu me méprises,
Partout je suivrai tes yeux.
Je m’en veux mal à moi-même ;
Mais quand on est amoureux,
Un cheveu de ce qu’on aime
Tire plus que quatre bœufs.

D’un plein pot de marjolaine,
Quand je te fis un présent,
Aussitôt pour mon étrenne
Tu le cassas moi présent.
Si j’avais cru mon courage,
Après ce beau grand merci,
Ma main qui bouillait de rage
T’eût cassé la gueule aussi.

Pour te mettre en oubliance
À d’autres j’ai fait la cour,
Mais par cette manigance
Tu m’as baillé plus d’amour ;
Je crois que tu m’ensorcelles,
Car à mes yeux ébahis,
Auprès de toi les plus belles
Ne me sont que du pain bis.

L’autre jour d’un air honnête
Quand je t’ôtai mon chapeau,
Plus vite qu’une arbalète,
Tu le fis sauter dans l’eau ;
Et puis d’un ton d’arrogance,
Sans dire ni qui, ni quoi,
Tu me baillas l’ordonnance
De m’approcher loin de toi.

Chacune de tes deux joues
Semble une pomme d’api,
Comme deux morceux de roues
Sont à tout point tes sourcils.
Tes yeux, plus noirs que des merles,
Semblent mouches dans du lait ;
Et tes dents, un rang de perles
Aussi blanches que du lait.

Pour ta bouche, elle est plus rouge
Que n’est la crête d’un coq ;
Et ta gorge, qui ne bouge,
Paraît plus ferme qu’un roc.
Quant au reste, il m’en faut taire,
Car je ne l’ai jamais vu ;
Mais je crois que tu dois faire
Sans chemise un beau corps nu.

Par la morgué ! c’est dommage
Que tant de rares beautés
Ne me soient pour tout partage
Qu’un sac plein de duretés.
Quand ton humeur est revêche,
Je rumine en mon cerveau,
Et tu me sembles une pêche
Dont ton cœur est le noyau.

Le soleil, qui fond la glace,
N’est pas plus ardent que moi :
Comme un gueux de sa besace,
Je me sens jaloux de toi :
Au grand Colas, qui te lorgne,
Je veux pocher les deux yeux,
Ou du moins en faire un borgne,
Si je ne peux faire mieux.

Avec lui, dans nos prairies,
Tu t’en vas batifoler,
Vous jasez comme deux pies,
Et moi je n’ose parler,
Il te prend, il te chatouille,
Te caresse le groin,
Et moi, d’abord que je grouille2,
Tu me flanques un coup de poing.

Sangué ! vois-tu Catherine,
Je n’y saurais plus tenir ;
Je crève dans ma poitrine,
Il faut changer, ou finir.
Tu me prends pour une bûche,
Parce que j’ai l’air benin :
Mais tant à l’eau va la cruche,
Qu’elle se casse à la fin.

Quand j’aime une créature,
Jarnigoi3 ! c’est tout de bon :
Je suis doux de ma nature
Autant et plus qu’un mouton.
Mais quand mon amour sincère
N’est payé que d’un rebut,
Dame ! alors dans ma colère,
Je suis pis qu’un cerf en rut.

____________________________

1 Sorte d’instrument de musique champêtre, auquel on donne le vent avec un soufflet qui se hausse et se baisse par le mouvement du bras. (…) Il se dit aussi d’un air fait pour la musette. (Dictionnaire de l’Académie française, 1811). C’est dans le premier sens qu’il faut l’interpréter ici, tandis que dans la célèbre romance Ô ma tendre musette, sur une belle et mélancolique musique de Monsigny (1729-1817) et des paroles de La Harpe, c’est le second.

2 Dès que je remue.

3 Je renie Dieu.

20 novembre 2010

Alla breve. XXXIII.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 23:16

[230] Écoutez l’opéra Margaret Garner. Margaret Garner était esclave au Kentucky. Parvenue à s’échapper avec sa famille, ils sont découverts et cernés. Pour éviter de retomber en esclavage, elle jure de tuer ses enfants et de se tuer, et parvient à poignarder sa fille âgée de deux ans avant d’être maîtrisée et emprisonnée. Elle n’est pas jugée pour meurtre mais pour dégradation de propriété – en tant qu’esclave, elle n’a ni droits ni devoirs – et est renvoyée en esclavage avec son mari. Sur la base de cette histoire bien tristement vraie, le compositeur Richard Danielpour, lauréat d’un Grammy en 1991 pour toute son œuvre, et l’écrivain Toni Morrison, lauréate du prix Nobel de littérature en 1993 et du prix Pulitzer en 1988, ont collaboré à la composition de cet opéra dont la première mondiale a eu lieu en 2005. Le rôle titre est interprété par la soprano Denyce Graves, pour laquelle Danielpour a composé la partition du personnage. La National Public Radio américaine (dont on n’a de cesse d’apprécier la grande qualité de la programmation) propose l’écoute intégrale de l’œuvre, accompagnée d’éclairages du compositeur et de la librettiste. Celle-ci précise qu’il ne s’agit pas tant d’une histoire concernant le racisme, mais l’esclavage, ce qui n’est pas la même chose. « Tout le monde, chrétien, noir, juif, européen… a eu des esclaves parmi ses ancêtres. Ce n’est pas non plus à propos du fait de l’esclavage, mais de ses conséquences, de ce qui se passe intérieurement, émotionnellement, psychologiquement, quand on est soumis à l’esclavage. Que fait-on pour transcender cette circonstance ? C’est ce que cet opéra s’évertue à révéler. »

[231] Comment voyager avec un violoncelle. Umberto Eco avait étudié une problématique similaire, celle concernant le saumon. Mais le violoncelle, c’est une autre paire de manches, même s’il n’est pas fumé et qu’on n’essaie pas de le mettre dans le mini-frigo d’une chambre d’hôtel : le problème est en amont. Kristin Ostling, membre du quatuor américain Carpe Diem (aucun rapport avec un autre poisson, la carpe), s’est vu refuser l’entrée en Grande Bretagne du fait qu’elle voyageait accompagnée de son violoncelle, avec lequel elle venait accompagner (juste retour de procédé) gratuitement une conférence à l’Université de Leeds. La raison ? Se basant uniquement sur la taille de l’instrument, le gabelou de Sa Majesté en a conclu qu’elle tentait de s’infiltrer subrepticement pour travailler dans son royaume, et qu’il lui fallait donc un visa de travail en bonne et due forme, pour éviter sans doute qu’elle ne se joigne aux milliers de violoncellistes sdf qui saturent les rues de la capitale. Les autres membres du quatuor, équipés qui d’un violon qui d’un alto, ont pu franchir la frontière comme une lettre à la poste. La morale de cette histoire, la rirette, la rirette, c’est que les universités anglaises devront dorénavant bannir de leurs concerts toutes les œuvres comprenant un instrument d’une taille supérieure à, disons, 75cm, ou alors se contenter de violoncellistes britanniques pur jus (si si, il y en avait eu de bons : Jacqueline du Pré, évidemment, mais aussi Felix Salmond, dont le patronyme facilitait sans aucun doute le voyage avec son instrument en le noyant dans l’eau, en quelque sorte). (Source)

[232] Le chien qui chante. Si nous avons en France un chat qui pêche, les Britanniques, dont on vient de voir qu’ils ont un sens de l’humour bien particulier surtout quand il s’agit de musique et d’espèces animales, peuvent dorénavant apprécier un nouvel opéra à propos d’un chien qui chante. C’est l’histoire d’un chien errant, battu et affamé : « J’ai tout vécu, je suis résigné à mon destin, et si je pleure maintenant, c’est seulement à cause du froid et de la douleur physique, parce que mon âme n’est pas éteinte… c’est vivace, une âme de chien. » Elle est vivace, l’âme russe. Il sera recueilli par un médecin, qui va greffer au malheureux canidé l’hypophyse et les organes génitaux d’un homme venant de mourir. Et c’est là que tout dérape : la gentille bestiole devient odieuse, car le donateur était en fait un ivrogne grossier et sans scrupule, et se transforme en bureaucrate type. Le médecin finira par lui retirer les organes humains et lui remettre les siens. Cette histoire n’est pas sans rappeler la splendide et terrible nouvelle Des Fleurs pour Algernon, mais la précède de plusieurs décennies : il s’agit de Cœur de chien, la nouvelle satirique de Mikhaïl Boulgakov, écrite en 1925 et qui a sans doute inspiré Orango de Chostakovitch (voir brève suivante). Le texte, dans une traduction française de Vladimir Volkoff, est disponible en Livre de poche. L’opéra éponyme a été composé en 2008-2009 par le compositeur russe Alexander Raskatov (fils d’un journaliste connu du célèbre magazine satirique russe Krokodil) sur un livret de Cesare Mazzonis. La première mondiale avait eu lieu à Amsterdam, et il est actuellement représenté pour la première fois à Londres, au English National Opera. Dépêchez-vous, c’est jusqu’au 4 décembre. Pour vous aider à vous décider, voyez ceci. Le chien s’appelle, dans l’opéra, Charik (ce qui veut dire en russe « boulette ») et son rôle est tenu par trois personnes, la soprano dramatique Elena Vassilieva pour sa voix audible de chien, le contre-ténor Andrew Watts pour ses pensées et le ténor Peter Hoare pour sa voix humaine. (Source)

[233] Création mondiale d’un opéra de Chostakovitch. Ou presque. Orango est un opéra « satirique sous forme de fable futuriste » que Dimitri Chostakovitch avait commencé à composer clandestinement en 1932, sur la base d’un livret de l’écrivain Alexis Tolstoï (1882-1945) et le critique littéraire Alexandre Startchakov (né en 1892 et fusillé en 1938). Sujet éminemment séditieux – inspiré partiellement, semble-t-il, de la nouvelle Cœur de chien de Boulgakov dont nous venons de parler –, comme on peut le lire dans l’article du Devoir de mars 2009 qui relate la découverte récente de larges fragments de l’œuvre dans les archives du compositeur au musée de la culture musicale Glinka à Moscou. C’est l’Orchestre philharmonique de Los Angeles sous la direction d’Esa-Pekka Salonen qui aura l’honneur de donner en 2011 la première mondiale de l’orchestration qu’en a effectué le compositeur et musicologue britannique Gerard McBurney, spécialiste de musique russe : il avait étudié au Conservatoire de Moscou et a publié de nombreux articles et textes savants sur la musique russe et soviétique (on peut lire ici un article qu’il a consacré à Chostakovitch à l’occasion du centenaire de sa naissance). On ne sait exactement pourquoi Chostakovitch n’a pas achevé son projet. Salonen émet l’hypothèse qu’on lui a donné le conseil amical de se consacrer à un autre projet, s’il souhaitait rester en vie. (Source)

[234] La nuit des Mayas. La nuit dernière, France 3 a rediffusé un concert de l’Orchestre de Paris sous la direction de Kristjan Järvi (le mardi 27 octobre 2009 au Théâtre du Châtelet), intitulé La Nuit des Mayas… au cœur de la musique sud-américaine. Il tire la première partie de son titre d’une œuvre du compositeur et chef d’orchestre mexicain Silvestre Revueltas (1899-1940), La noche de los Mayas, suite orchestrale (1939) ; il s’agit en fait de la musique pour le film éponyme de Chano Urueta. Plusieurs éditions en ont été publiées après sa mort, notamment une sous forme d’une suite en quatre mouvements par José Ives Limantour, et une autre en deux mouvements par Paul Hindemith. Contemporain moins connu car plus discret d’intellectuels et d’artistes très actifs après la révolution culturelle, à l’instar de Diego Rivera ou de Frida Kahlo, sa musique n’était pas uniquement joyeuse ou exaltante, satirique ou ironique, selon l’analyse qu’en fait le poète Octavio Paz : elle est profondément imbue d’une empathie joyeuse pour l’homme, l’animal et les choses, bien plus signifiante que nombre d’œuvres de ses contemporains. L’enregistrement qu’a fait Esa-Pekka Salonen avec l’Orchestre philharmonique de Los Angeles d’un CD consacré entièrement à Revueltas a gagné un Diapason d’or en 1999 (on peut le voir diriger ici le quatrième mouvement de La noche de los Mayas). Le concert de l’orchestre de Paris comprenait, en sus de cette œuvre, Estancia, quatre danses d’Alberto Ginastera, la Suite pour guitare à sept cordes et orchestre de Mauricio Carrilho et le Concerto pour bandoneon et orchestre d’Astor Piazzolla. Très enlevé et swingant, comme concert. Les notes de programme du concert fournissent des détails fort intéressants sur les quatre œuvres et sur le contexte de leur composition. Pour les anglophones, on conseillera aussi la lecture des notes de programme du Kennedy Center consacrées à cette œuvre. (Source)

[235] L’Italie paie l’Europe pour un concert. Ça ne rigole plus à la Commission européenne : celle-ci a ordonné à l’Italie de lui payer la coquette somme de 720.000 €. Cette somme, prise sur des financements régionaux européens, avait été utilisée par les autorités locales pour organiser un concert d’Elton John au festival de Piedigrotta à Naples en septembre 2009. La raison : ce type de subvention peut servir à soutenir la culture, mais uniquement lorsqu’il s’agit d’investissements structurels à long terme, tels qu’une exposition d’œuvres d’art, la construction d’équipements culturels ou la restauration d’anciens bâtiments. La vache à lait européenne commence à se tarir… (Source)

Alla breve. XXXII.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 3:19

[223] Vous avez tout juste une semaine pour… écouter gratuitement la retransmission, par la BBC, de l’enregistrement du concert Electronica donné le 6 octobre au Queen Elizabeth Hall de Londres. Ce concert était consacré aux instruments électroniques avec orchestre ; sur scène, il y avait deux thérémines (dont un joué par Lydia Kavina, petite-nièce de leur inventeur Lev Termen), deux ondes Martenot, six synthés et d’autres gadgets, en sus du BBC Concert Orchestra dirigé par Charles Hazlewood. Les œuvres présentées par Javis Cocker comprenaient : •••» la musique du film The Day The Earth Stood Still (Le jour où la terre s’arrêta) de Bernard Herrmann, qui a composé aussi la musique d’autres films célèbres (Psycho de Hitchcock, Citizen Kane, Taxi Driver) et d’émissions de radio (notamment pour Orson Welles) ; •••» la Suite Delphique (pour Iphigénie en Tauride) d’André Jolivet, pour ondes Martenot et quelques instruments acoustiques ; •••» Smear pour deux ondes Martenot et orchestre, la première œuvre classique et joliment acide de Jonny Greenwood (de Radiohead) ; •••» Journeys Into The Sky pour six synthétiseurs et orchestre, une création de Will Gregory (du groupe – attention avant de cliquer – Goldfrapp), partie expérimentale de son prochain opéra (qui sera diffusé en mars la BBC) consacré au vol stratosphérique d’Auguste Piccard en 1931 ; •••»  Luening*/Ussachevsky* – A Poem in Cycles and Bells & Other Music For Tape Recorder, composée en 1957 par Otto Luening et Vladimir Ussachevsky et adaptée pour bande magnétique et orchestre ; •••» Spellbound Concerto pour thérémine et orchestre de Miklós Rózsa pour le film éponyme de Hitchcock (en français : La maison du docteur Edwardes) ; •••» une orchestration de The Model pour thérémine et orchestre de (attention avant de cliquer…) Kraftwerk par la compositrice Ann Dudley, membre fondatrice du groupe Art of Noise et lauréate d’un Oscar pour la musique de Full Monty. Prévoyez de délicieux frissons dans le dos. (Source)

[224] Pollini et Chopin. Le 7 décembre, le (très grand) pianiste Maurizio Pollini donnera un récital d’œuvres de Chopin à la salle Pleyel. Au programme, Prélude op.45, Vingt-quatre Préludes op. 28, Deux Nocturnes op. 27, Scherzo n° 1 op. 20 et huit des Douze Etudes op. 25. À l’occasion de son soixantième anniversaire, en 2002, Deutsche Grammophon avait sorti un coffret de douze CD plus un bonus couvrant la carrière de Pollini et la variété des genres qu’il a maîtrisés : classique, romantique et contemporaine. (Source)

[225] Deux nouvelles sonates de Vivaldi. Deux sonates inconnues de Vivaldi, ainsi que des œuvres de Haendel, Corelli et Purcell, ont été découvertes dans une collection de manuscrits que possédait un homme d’affaires et acquise par le Foundling Museum de Londres en 2008. Selon des musicologues, il semblerait que ces sonates aient été composées pour des musiciens amateurs. L’une d’elle, en do majeur, sera créée à Liverpool demain dimanche. Le musée en question faisait partie jusqu’en 1998 de la fondation pour enfants Coram, elle-même héritière du Foundling Hospital, institution caritative destinée à recueillir les enfants abandonnés (« foundling » signifie enfant trouvé). Cet hôpital avait été créé en 1739 par un mécène, Thomas Coram, avec, entre autres, l’aide du compositeur Georg Frideric Handel, grâce à des concerts de ses œuvres. Le musée actuel est constitué de deux fonds, l’un concernant l’histoire de l’hôpital, et l’autre consacré à la vie et à l’œuvre de Handel ; c’est la plus grande collection privée concernant Handel. Elle comprend des manuscrits, des livres, des médailles et des œuvres d’art du XVIIIe au XXe siècles. (Source)

[226] Deux pianistes primés aux Pays Bas. Ralph van Raat est le lauréat du Prijs Klassik établi par NTR (service de radiodiffusion et télévision publique spécialisé dans l’information, l’éducation et la culture), qui lui a été décerné pour son plaidoyer sur le thème « composer de la musique aux Pays Bas ». Grand défenseur de la musique contemporaine (plusieurs disques, dont un très récent, chez Naxos), il avait décroché en 2005 le prix Elisabeth Everts, récompensant un musicien prometteur en début de carrière. Ce prix vient d’être décerné à Hannes Minaar (26 ans), lui-même déjà lauréat de plusieurs concours, dont celui de la Reine Elisabeth de Belgique. (Source)

[227] Un jeune chef québécois qui monte, qui monte… Jean-Michaël Lavoie a 28 ans : il a déjà à son actif le poste de chef-assistant de l’Ensemble inter­con­tem­porain ainsi qu’une résidence au Los Angeles Philharmonic en tant que Dudamel Conducting Fellow (Dudamel, faut-il le rappeler, est le très jeune chef de cet orchestre – à peine plus âgé que Lavoie) et va codiriger la création de Quartett, opéra de Luca Francesconi à la Scala de Milan en avril prochain. (Source)

[228] Proust et la soprano sacrifiée. Dans un article intéressant du magazine en ligne Slate.fr, le critique musical Jean-Marc Proust analyse le rôle archétypal de la femme dans l’opéra classique : glorifiée puis sacrifiée, de préférence de façon spectaculaire. « L’opéra aime le gore », écrit-il, exemples (toujours sexués et souvent sexuels) à l’appui. De L’Opéra ou la défaite des femmes écrit en 1979 par la philosophe Catherine Clément au Les femmes et l’opéra d’Hélène Seydoux en 2004, le dépoussiérage de l’opéra s’est accompagné d’une certaine féminisation et d’une libération de la féminité dans la mise en scène et dans l’interprétation du répertoire.

[229] Joyeux anniversaire ! L’Orchestre philharmonique de Liège fête ses cinquante ans en sortant un coffret de 50 CD à 50 €, rassemblant tous les enregistrements parus dans le commerce, dont la plupart ne sont plus disponibles. Œuvres de compositeurs belges, évidemment (à l’instar de César Frank ou de Henri Vieuxtemps), raretés (Léo Ferré en chef d’orchestre), solistes reconnus (Thierry Eschaich, Anne Gastinel…). Fondé en 1960 par Fernand Quinet, directeur du Conservatoire de Liège, l’orchestre aura été dirigé par Manuel Rosenthal (succédant à Quinet), Paul Strauss puis Pierre Bartholomée, et depuis 2001 par Louis Langrée, Pascal Rophé et François-Xavier Roth. (Source)

19 novembre 2010

Alla breve. XXXI.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 2:01

[217] Amour, musique, folie. C’est ainsi qu’un journal people pourrait résumer, de façon plutôt réductrice, la vie de Robert Schumann, né en 1810 (et décédé depuis, pour ceux qui le demanderaient). À l’occasion de son bicentenaire, le nouveau centre culturel londonien, Kings Place (« musique, arts, restaurant »), avait organisé une série de concerts et de conférences. Dans une vidéo réalisée à la suite de l’événement deux acteurs et trois musiciens discutent de la musique de Schumann, de ses relations passionnelles avec sa femme Clara et avec Brahms, et de sa descente dans la folie. On y entend des extraits de deux Fantasiestücke et du Quatuor pour piano. Dans une autre vidéo, la pianiste Lucy Parham, qui avait organisé cet événement, parle de son attachement pour la musique de Schumann dans laquelle elle s’est spécialisée et y interprète Das Abends et l’Intermezzo en mi bémol majeur.

[218] Mahler devenu végétarien et bio grâce à Wagner ? Dans une lettre à un ami datée de 1880, Mahler l’informe qu’il est devenu végétarien depuis un moins, et que ce régime a un effet moral énorme. Il lui recommande de manger du pain complet fait à partir de blé poussant sur du compost et moulu à la pierre. Avait-il lu Wagner ? Cette année-là, ce dernier aurait publié un essai sur la nocivité de la viande, à la suite de sa lecture d’« un pamphlet sur l’alimentation végétarienne du français J. A. Gleizis » (source). Il s’agit en fait de Jean-Antoine Gleïzès (1773-1843), auteur (entre autres) de Thalysie, ou Système physique et intellectuel de la nature, publié en 1821, et, en 1841, de Thalysie, ou la nouvelle existence, qui visait à établir les bases scientifiques du « végétalisme ». Wagner possédait dans sa bibliothèque une traduction allemande, Thalysia oder Das Heil der Menschheit, publiée à Berlin en 1872. Persuadé de son propre génie, aurait-il été convaincu de l’argument-choc de Gleïzès, qui écrivait : « Je ferai voir que des hommes, se nourrissant d’animaux, ont pu avoir, à l’aide de quelques circonstances, des portions de raison et de génie ; mais qu’ils n’ont point eu et n’ont pu avoir la raison et le génie absolu ; ou, en d’autres termes, que les peuples carnivores, quelles que soient leur application et leur persévérance dans les lettres, dans les sciences et dans les arts, ne produisent et ne peuvent produire que des ouvrages incomplets, qu’il leur manque toujours la dernière pensée. » Les écrits de Wagner, dans ce domaine comme dans d’autres, auraient aussi influencé Hitler, mais ni lui ni Wagner n’ont été réellement végétariens, et quant à Mahler, il a rapidement cessé de l’être. Ce qu’on sait, c’est qu’il adorait les Marillenknoedel (quenelles aux abricots) que faisait sa sœur. (Source)

[229] Vers la fin du boycott officieux de Wagner en Israël ? Wagner n’était pas le seul antisémite, mais il l’était avec une virulence extrême, ce qui lui avait valu l’admiration particulière d’Hitler qui s’y référait dans bien des domaines, et l’importance donnée à ses œuvres dans l’univers nazi. De ce fait, sans que sa musique soit interdite en Israël, elle n’y avait presque jamais été jouée : on a un vague souvenir selon lequel un orchestre y avait subrepticement mis à son programme une des œuvres de Wagner, et quand il commença à la jouer, une partie du public, indignée, s’est levée, a quitté la salle et a pris leurs Volkswagen pour rentrer chez eux. Apocryphe ou non, cette histoire marque bien la difficulté de gérer des souvenirs si traumatisants. Quoi qu’il en soit, un avocat israélien vient de fonder – à Jérusalem, qui plus est – la Société wagnérienne israélienne, qui vise à « promouvoir la production d’œuvres de Wagner, notamment à l’Opéra de Tel-Aviv, afin de mettre fin au boycottage d’un des plus important compositeurs du 19e siècle. » Simultanément, on vient d’apprendre que l’Orchestre de chambre d’Israël a été invité à jouer à Bayreuth en 2011, non pas dans le cadre du festival (comme l’annonçaient certains journaux), mais à la même période. D’autre part, Katherina Wagner, l’arrière-petite-fille du compositeur et directrice du festival de Bayreuth, a accepté il a quelques mois de permettre l’accès de chercheurs aux archives de sa famille, qui contiendraient 278 lettres de Hitler. (Source)

[220] Py (que pendre ?) à l’Opéra de Paris. L’opéra Mathis der Maler (Matthias [Grünewald] le peintre) de Paul Hindemith entre à l’Opéra dans la mise en scène d’Olivier Py. Selon le (très) critique du Monde, Py y fait figurer « nazis, maîtres-chiens et bergers allemands, chars d’artillerie… [une] tarte à la crème dramaturgique » probablement inspirée par les circonstances de la composition de cet opéra et sa thématique : « Hindemith le compose en pleine période nazie – qu’il évoque avec un minimum de fard, par le filtre commode d’événements du temps passé : révolte/soumission du peuple et des puissants, querelles et idéaux religieux, autodafés, place de l’art et rôle de l’artiste dans la société… ». Mais le lecteur du roman Paradis de tristesse de Py ne peut oublier cette noirceur terrifiante, cette atmosphère étouffante de l’univers délirant qu’il y décrit, celui de la délectation absolue pour la domination-soumission violente et pour le sado-masochisme sanglant vécus dans une exaltation religieuse, et d’établir un rapprochement avec le choix de cette mise-en-scène, du moins telle que la décrit Renaud Machart. Tout en reconnaissant à Py une « extraordinaire inventivité », il n’a pas vraiment aimé non plus l’œuvre (« épais[se] et interminable… pontifiante ») ni la distribution (« ténors assez ingrats de voix… chanteuse à la voix défaite…) ; il n’y aura que le chef, Christoph Eschenbach, qui trouvera grâce à ses yeux (ou plutôt ses oreilles) : « après un premier tableau un rien instable et imprécis (on n’en attendait pas moins de Machart), l’ancien directeur musical de l’Orchestre de Paris s’est révélé un interprète idéal de Mathis ». (Source)

[221] Et après les Beatles et les Monkees... Pour ceux qui les auraient oubliés, les Monkees étaient un group de rock américain qui avait atteint la célébrité dans les années 1966-1968 (avec un revival en 1986). Quant aux Beatles, on ne vous fera pas l’insulte de vous rappeler qui ils étaient. Leur digne successeur est Susan Boyle, dont le second album, The Gift (vous devez tous avoir son premier, I Dreamed a Dream – aucun rapport avec Martin Luther King), qui vient à peine de sortir, a atteint la première place des ventes d’albums simultanément aux USA et au Royaume Uni, phénomène assez rare : selon Sony, il n’y aurait eu que les Beatles et les Monkees à avoir réussi ce tour de force. Neil McCormick se serait-il trompé ? Peut-être pas : il se peut que ce qu’il ait détecté n’ait pas été un épiphénomène, mais le début d’une tendance, le public, jeune ou non, continuant à se détourner des « icônes siliconées et botoxées », à la recherche d’une musique plus… lénifiante et de non-stars : Boyle en est l’incarnation même, elle n’a pas non plus l’étoffe des Beatles. En d’autres mots, elle serait la star des non-stars, en quelque sorte. (Source)

[222] Des millions de musiciens… …ça ne fait pas encore forcément un bon orchestre. Lors de l’émission de télévision chinoise Incroyable talent, c’est le pianiste Liu Wei, âgé de 23 ans, qui a remporté le concours. Petit détail : il a perdu ses mains à l’âge de 10 ans dans un accident et joue avec ses pieds. La Chine possède un nombre phénoménal de jeunes– estimée à 60 millions – qui étudient la musique avec acharnement, et surtout le piano et le violon, du fait du surinvestissement de leurs parents dans leur unique enfant (conséquence de la politique démographique chinoise). Travaillant de nombreuses heures en isolation, ils n’interagissent pas avec d’autres musiciens. En conséquence, le pays n’est pas capable de produire des orchestres de jeunes équilibrés et de qualité malgré cette pléthore, contrairement à ce que réalise par exemple le Venezuela avec sa politique volontariste et son célèbre réseau El Sistema dont nous avions déjà parlé à l’occasion de la nomination de Gustavo Dudamel à la tête de l’Orchestre philharmonique de Los Angeles. (Source)

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