Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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20 avril 2011

Contestez !, ou, Il est interdit d’interdire

Classé dans : Arts et beaux-arts, Politique, Société — Miklos @ 9:19

Il est des moments dans l’histoire des hommes où la faculté critique de l’esprit, par un surcroît d’activité et de virulence, apparaît comme prédominante. Plus que cela encore, elle semble absorber ou résumer les autres facultés, devenir l’esprit même. Nous assistons à l’un de ces moments. Non point parce que l’esprit aurait, arbitrairement et par fantaisie, décidé de se montrer sous ce jour essentiellement et intégralement critique. Mais parce que l’objet de son exercice, c’est-à-dire le monde, a pris la forme d’une société de production et de consommation.

Cette mutation, telle que l’ont étudiée et décrite divers sociologues, parmi lesquels on s’accorde assez généralement à citer Herbert Marcuse comme le plus pénétrant, a fait du monde un monde clos, en dehors duquel rien n’existe, et, au sens le plus exact du terme, totalitaire. Sa finalité se trouve en lui-même. Il produit pour consommer ce qu’il produit. Toutes les activités de l’esprit, à l’intérieur de ce monde, seront purement techniques ; elles ne tendront qu’à assurer, développer et perfectionner la production et à administrer la consommation des objets produits. Mais l’esprit, qui est de nature volatile, ne saurait se borner à ces besognes strictement pratiques ; il aspire à se dégager d’une si plate et monotone astreinte, pour se situer en dehors du monde et juger celui-ci. C’est donc par un acte de violence qu’il exercera celle-là de ses fonctions propres, qui, soudain, se déclare comme sa fonction essentielle : sa fonction critique. Il ne s’agit pas pour lui d’examiner la façon dont, à l’intérieur de la machine totalitaire, tourne tel ou tel de ses rouages et d’y apporter des améliorations, également d’ordre technique et pratique. C’est tout l’ensemble de la machine qu’il considère. Et la violence avec laquelle il s’est arraché à la machine afin de la juger se communiquera à son jugement. Celui-ci sera, lui aussi, total et absolu. Il sera une contestation de toute la machine, une condamnation de son existence.

Jean Cassou, Art et contestation. Weber, Paris, 1968.

10 avril 2011

Oh la vaaaaaache !

Classé dans : Littérature, Musique, Politique, Société — Miklos @ 13:35

Rire serait le propre de l’homme, selon Rabelais. Eh bien, pas uniquement. Les enfants d’une certaine génération – celle où, faute de MP3 à télécharger dans son portable et à écouter sur casque à s’en éclater le tympan, on chantait (ce qui n’est pas uniquement le propre de l’homme non plus) – savent que le koukaboura rit, même s’ils ignorent ce qu’est ce machin (ce qui est bien dommage).

Et les autres, ceux qui n’ont jamais entendu parler de cet étrange oiseau, apporteront un argument de poids pour preuve que les animaux sont aussi capables non pas uniquement de sourire (comme, par exemple, le nonpareil chat de Cheshire), mais de rire : la vache.

Léon Bel, producteur de comté installé depuis 1898 à Lons-le-Saunier (Jura), s’associe au Suisse Émile Graf, inventeur avec ses frères Otto et Gotfried d’un fromage fondu, bon et économique (procédé mis au point en 1907).

Il crée les fromageries Bel, qu’il dirige jusqu’en 1937, où son gendre Robert Fiévet lui succède.

Le 16 avril 1921, il dépose la marque « La Vache qui rit ».

Benjamin Rabier (1864-1939), dessinateur animalier qui, officier de ravitaillement dans la même unité que Léon Bel, avait alors dessiné un insigne surnommé « la walkyrie » et représentant une tête de vache rougeâtre. Léon Bel s’en inspire mais, peu satisfait de son dessin, fait appel à Rabier. Le dessin de la vache rouge aux boîtes de fromage-boucles d’oreilles, réalisé en 1922, est déposé en 1924.

La production commence en 1924, soutenue depuis par une publicité moderne. Un film est tourné avec Pauline Carton, suivi par un dessin animé de Paul Grimault. Les fromageries Bel patronnent les « 6 jours de La Vache qui rit » ; seront présentes dans la caravane du Tour de France. À partir de 1954, une émission de radio est diffusée : « La Vache qui rit au paradis des animaux. » Des accessoires scolaires, jeux de société, et chansons apparaissent. Bel patronne Intervilles de 1989 à 1991.

La société Grosjean, de Lons-le-Saunier, exploite depuis 1926 un fromage fondu, La Vache sérieuse. La concurrence devient agressive :

« Le rire est le propre de l’homme, le sérieux celui de la vache. »

En juillet 1954, Bel attaque en justice Grosjean, qui contre-attaque en 1955. Bel perd son procès. En mars 1959, la Cour d’appel de Paris interdit à Grosjean d’exploiter La Vache sérieuse. La décision est confirmée en cassation.

À partir de 1937 étaient apparus aussi La Vache verte, La Vache bleue, La Vache qui lit, La Vache qui rêve, La Vache qui rue, La Vache savante, La Vache fidèle, La Vache coquette, La Vache rousse, la Vache mécanique, Le Veau qui pleure, Le Veau qui braille, Le Singe qui rit, La Chèvre qui rit, etc.

Roland Brasseur, Je me souviens encore mieux de Je me souviens : notes pour Je me souviens de Georges Perec à l’usage des générations oublieuses et de celles qui n’ont jamais lu. Castor Astral, 2003.

Ce célèbre ruminant ne fait pas qu’inspirer l’industrie fromagère et la justice, mais aussi le domaine artistique. C’est ainsi que les chorégraphes néerlandais Gonnie Heggen et Frans Poelstra créent aux USA, au début des années 1990, un spectacle intitulé La Vache qui rit, que la critique trouve inégal.

Est-ce ce qui fera pleurer la vache (qui n’est pas le seul animal capable de verser des larmes : il y a évidemment le crocodile, mais aussi le cheval, dont on a récemment parlé) ? Non, il y a une autre raison, plus structurelle : en 2003, les sœurs Kate et Anna McGarrigle, chanteuses bilingues nées au Canada sortent l’album La Vache qui pleure qui comprend une chanson éponyme qui déplore le triste sort des vaches auxquelles on enlève, chaque année, leurs veaux élevés sous elles. Il y a de quoi pleurer : l’amour de la vache pour son veau n’a rien d’un amour vache, bien au contraire.

Cet album (dont on peut écouter ici des extraits) comprend une petite perle, Petites boîtes, la version française de la célèbre Little Boxes rendue célèbre par Pete Seeger : légèrement – le style folk américain – c’est en fait une critique acerbe du conformisme de la middle class américaine et des banlieues où elle vit, les petites boîtes étant des maisons toutes identiques les unes aux autres à part la couleur (on dirait qu’elles sont faites de pâte à modeler, c’est l’âge du ready made), dans lesquelles habitent des gens qui se ressemblent tous à part le métier, et il en sera ainsi de leurs enfants.

Cette chanson a été créée par Malvina Reynolds (1900-1978), auteur et interprète de chansons très politiquement engagées. Elle est moins connue que ceux qui ont repris nombre de ses chansons, à l’instar de Pete Seeger pour celle-ci ou de Joan Baez pour What have they done to the rain. Datant de 1962, elle est toujours d’actualité : sous une forme élégiaque, elle s’élève vigoureusement et tragiquement contre les effets des essais nucléaires et leurs retombées : un petit garçon sous la pluie, une douce pluie qui tombe pendant des années, et l’herbe a disparu, l’enfant disparaît, et la pluie continue à tomber comme des larmes impuissantes, et qu’ont-ils fait à la pluie ? Comme le dit Joan Baez en introduction à son interprétation (que l’on peut comparer à celle de Malvina Reynolds), “It doesn’t protest gently, but it sounds gentle.”

Pete Seeger et Joan Baez sont deux représentants d’un genre américain particulier, celui du protest song et des nombreux chanteurs politiquement engagés pour la justice sociale, dans un pays qui n’a pas de gauche réelle : émergeant au 19e siècle autour de sujets brûlants alors – la guerre civile, l’esclavage et le vote des femmes – il comprend les Negro spirituals, qui, sous une forme implicite (on pense par exemple à Go Down Moses, qui chante l’esclavage des Israélites en Égypte), exprime la souffrance des Noirs (“oppressed so hard they could not stand”) et leur désir d’émancipation (“let my people go”). Au 20e siècle, ce genre abordera la lutte des classes (l’organisation sociale et le syndicalisme : Which side are you on?), la grande dépression, le mouvement des droits civiques, les guerres (mondiales, Vietnam), le nucléaire. Quelques noms : la famille Hutchinson au 19e siècle, et, plus récemment, Joe Hill (chanté ici par Paul Robeson, un autre grand représentant de ce genre, dont on a précédemment parlé), Aunt Molly Jackson, Woody Guthrie, Josh White, Les Weavers (co-fondé par Pete Seeger), Bob Dylan, Phil Ochs, Tom Paxton, Tom Lehrer (dont on a parlé à plusieurs reprises), Bob Marley, Joan Baez, Neil Young, Patti Smith, Tom Waits, Bruce Springsteen, Marvin Gaye, Melba Moore, Rage Against the Machine et bien d’autres encore.

En France, il y avait bien des chansons réalistes qui faisaient fonction de critique sociale (Aristide Bruant, Fréhel, Damia, Édith Piaf…), et, du côté de la critique politique on trouvait les chansonniers et leurs cabarets (dont il subsiste notamment le Caveau de la République). L’un des plus célèbres est Béranger (1780-1857), qui a payé de sa personne à plusieurs reprises pour sa critique non voilée des pouvoir en place. Voici le début du plaidoyer de Dupin dans un procès intenté en 1821 à Béranger :

Un homme d’esprit a dit de l’ancien gouvernement de la France, que c’était une monarchie absolue tempérée par des chansons.

Liberté entière était du moins laissée sur ce point.

Cette liberté était tellement inhérente au caractère national, que les historiens l’ont remarquée. — « Les Français, dit Claude de Seyssel, ont toujours eu licence et liberté de parler à leur volonté de toute sorte de gens, et même de leurs princes, non pas après leur mort tant seulement, mais encore de leur vivant et en leur présence1. »

Chaque peuple a sa manière d’exprimer ses vœux, sa pensée, ses mécontentemens.

L’opposition du taureau anglais éclate par des mugissemens.

Le peuple de Constantinople présente ses pétitions la torche à la main.

Les plaintes du Français s’exhalent en couplets terminés par de joyeux refrains.

Cet esprit national n’a pas échappé à nos meilleurs ministres, pas même a ceux qui, d’origine étrangère, ne s’étaient pas crus dispensés d’étudier le naturel français.

Mazarin demandait : « Eh bien ! que dit le peuple des nouveaux édits ? — Monseigneur , le peuple chante. — Le peuple cante, reprenait l’Italien, il payera ; et satisfait d’obtenir son budget, le Mazarin laissait chanter.

Cette habitude de faire des chansons sur tous les événemens, même les plus sérieux, était si forte et s’était tellement soutenue, qu’elle a fait passer en proverbe qu’en France tout finit par des chansons.

La ligue n’a pas fini autrement : ce que n’eût pu la force seule, la satire Ménippée l’exécuta2.

Que de couplets vit éclore la fronde ! les baïonnettes n’y pouvaient rien.

Au qui vive d’ordonnance
Alors prompte à s’avancer,
La chanson répondait,
France !
Les gardes laissaient passer.

Aujourd’hui qu’il n’y a plus de monarchie absolue, mais un de ces gouvernemens nommés constitutionnels, les ministres ne peuvent pas supporter la plus légère opposition ; ils ne veulent pas que leur pouvoir soit tempéré, même par des chansons.

Leur susceptibilité est sans égale…. Ils n’entendent pas la plaisanterie…., et, sous leur domination, il n’est plus vrai de dire : tout finit par des chansons, mais tout finit par des procès.

Nous allons donc plaider.

MM. Clair et Clapier (éds.), Barreau français, collection des chefs-d’œuvre de l’éloquence judiciaire, IIe série, t. 5. Paris, 1824.

On lira avec intérêt et amusement la relation de ce procès qu’en fait Dupin dans ses Mémoires : Béranger a eu beaucoup de mal à entrer dans le tribunal, il n’y avait plus de place tellement le public s’y pressait.

Quant à l’adage que cite Dupin, selon lequel « en France tout finit par des chansons » : il semble qu’elles n’aient plus, à la fin du 20e siècle et au début de l’actuel, l’importance populaire qu’elles avaient au 19e, par exemple avec Le Temps des cerises. Plus généralement, ce sont les chansons à texte et le fait de chanter qui semblent en voie de disparition, remplacés par les tubes à rythme et l’écoute passive.

Pour finir, revenons à nos moutons, ou plutôt à nos vaches. On en conclura qu’une vache qui pleure, c’est qu’on lui a fait une vacherie. Et une vache qui rit, c’est qu’elle a son veau chéri. Enfin, comme l’écrit toujours Rabelais, « mieux est de ris que de larmes escripre ».




1 Claude de Seyssel, archevêque de Turin, auteur d’une bonne Histoire de Louis XII et du livre de la Monarchie française. Il est très remarquable que dans ce livre, imprimé en 1519, l’auteur met le parlement au-dessus du roi.

2 …………………………..…Ridiculum acri

Foitiùs ac meliùs magnas plerumque secat res.

20 février 2011

L’ère post-Wikileaks, ou, dire tout haut ce que l’on pense tout bas

Classé dans : Actualité, Politique, Société — Miklos @ 23:56

La science diplomatique, malgré son importance, n’a pas été suffisamment cultivée; et si quelques agens politiques se sont livrés aux études qu’elle exige, d’autres se sont jetés dans la carrière, sans connaissances préalables, ou bien, se sont bornés à parcourir très-superficiellement les ouvrages qui traitent du droit des gens, et de l’histoire des négociations auxquelles les principaux événemens politiques ont donné lieu.

C’est une grande erreur de croire qu’il suffit en diplomatie, d’un simple bon sens ; ceux qui le présument, se seront fait illusion en voyant quelques affaires se traiter avec succès par des hommes qui ne se sont pas élevés au-dessus des notions vulgaires ; mais quand les matières se compliquent et que les aperçus deviennent plus fins, il ne suffit plus des simples lumières que fournit le bon sens naturel, pour trouver la solution des questions proposées. On se tromperait également, en pensant qu’on peut se former par la pratique seule. L’agent diplomatique, du moment qu’il entre en fonctions, se trouve aux prises avec les faits et les choses de forme du moment. Il n’a plus guères le temps ni d’étudier, ni de faire de longues recherches pour approfondir les questions. Les faits qui passent sous ses yeux, ne font que charger sa mémoire sans l’éclairer, s’il ignore à quel principe ils se rapportent, et quelles sont les inductions raisonnables qu’il peut en tirer. L’expérience est sans contredit le fruit de la pratique, mais pour qu’on puisse l’utiliser, il faut qu’elle soit appuyée sur la théorie. (pp. 3-4)

L’agent politique représentant au-dehors la vigilance du gouvernement qui l’envoie, sa plus constante occupation doit être d’observer tout ce qui se passe sous ses yeux, de deviner, s’il le peut, ce qu’on lui cache, et de pressentir, autant qu’il est donné à la prudence humaine de le faire, les événemens prochains. (p. 125)

Autant le besoin d’une sage réserve impose à l’agent politique le devoir d’user de discrétion et de circonspection dans tout ce qu’il peut être dans le cas de communiquer à d’autres, autant d’un autre côté la fausseté lui est défendue. Outre que, malgré toutes les précautions, elle finit toujours par être découverte, les hommes qu’elle a abusés, victimes, dans leurs intérêts et dans leur amour propre, d’une confiance trompée, ne la pardonnent jamais. On fait gloire d’ailleurs de traiter avec un homme d’honneur, tandis qu’on se tient toujours en garde contre celui dont la bonne foi est douteuse. (p. 127)

Par suite du principe d’égalité naturelle dont jouissent, les uns envers les autres, tous les états indépendans, nul d’entre eux, quelque puissant qu’il soit, n’a droit de prétendre à des hommages ni à des honneurs particuliers, quoique tous soient autorisés à considérer comme lésion, des démonstrations positives de mépris, et des actes contraires à leur dignité. (p. 184)

Charles de Martens, Guide diplomatique, t. 1. Leipsic, 1832.

15 janvier 2011

Souvent sondage varie, bien fol qui s’y fie

Classé dans : Actualité, Histoire, Politique — Miklos @ 20:18

15 janvier 2011 (Libé). 30%. C’est le score qu’obtiendrait Strauss-Kahn devant Sarkozy (25%) et Marine Le Pen (18%), selon CSA pour Marianne. (les 7 et 8 janvier auprès de 1001 personnes).

15 janvier 2011 (L’Express). Marine Le Pen (FN) a fortement progressé dans les intentions de vote des Français, à 16,5%, pour le premier tour de la présidentielle, troisième derrière Nicolas Sarkozy (26,5%) et Martine Aubry (23%), selon un sondage Ifop à paraître dans Sud-Ouest Dimanche.

Apparemment contradictoires, et en si peu de temps… ! On se dit que l’opinion publique est volage, qu’elle virevolte au gré des apparitions de telle ou telle personnalité sur le petit écran et de ses relookages physiques et idéologiques ; qu’elle suit avec la passion d’une ménagère pour les péripéties de son roman-photo les alliances et les divorces des partis et de leurs multiples fractions ; qu’elle est a l’affût des rumeurs twittées qu’elle relaie fébrilement à tous ses friends sur son smartphone assurant ainsi leur vie éternelle sur la toile… et donc on n’est pas trop surpris.

Pas vraiment, en l’occurrence. Il s’agit en fait de deux cas de figure distincts, l’un où le candidat du PS aux présidentielles serait DSK, l’autre où ce serait Martine Aubry (si le parti en question n’arrive pas toujours pas à se décider, on se doute bien quel est le candidat PS préféré par l’UMP). Il n’y a que l’information détaillée en provenance de l’AFP qui l’explicite (mais les journaux devant faire bref…) :

Si le candidat PS était Dominique Strauss-Kahn, ce dernier, avec 30% des suffrages, arriverait en première position, nettement devant Nicolas Sarkozy (25%), et Marine Le Pen (18%). (…)

Dans l’hypothèse où Martine Aubry serait la candidate socialiste, Nicolas Sarkozy (28%) devancerait la première secrétaire du PS (22%). Cette dernière distancerait de 5 points Mme Le Pen (17%).

Et en ce qui concerne l’opinion publique, on conclura en citant ce qu’en pensait un parlementaire britannique il y a quelque 250 ans :

The public opinion, no doubt, merits our attention; and, when it appears to be well-grounded, it is unpardonable to treat it with neglect. But when little arts are used to influence their judgment; when their understandings are perverted by specious eloquence; when they are bewildered in the flowery fields of metaphor; when they are foolishly captivated with the daisies of rhetoric; when millions echo the fantastic notions of one man; when millions are prepared to espouse the chimerical projects of a vain-glorious schemer— then, Sir, I cannot forbear pitying the public delusion; and then to disregard popular clamour, becomes a point of justice to the people.

[Débat à la Chambre des communes du Royaume Uni sur une proposition de loi déposée par George Grenville le 24 janvier 1758] The history, debates and proceedings of both Houses of Parliament of Great Britain from the year 1743 to the year 1774, vol. VII, p. 459. London, 1792.

14 janvier 2011

Quelques fuites

Classé dans : Actualité, Histoire, Politique — Miklos @ 23:50

14 janvier 2011, 18h37. Après une nouvelle journée d’émeutes, le président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali a quitté le pays, vendredi, selon des sources proches du gouvernement. (Le Monde)

7 avril 2010. Les dirigeants de l’opposition au Kirghizistan ont annoncé mercredi la chute du gouvernement, après de violents affrontements entre police et opposants qui ont fait des dizaines de morts et provoqué la fuite du président de ce pays d’Asie centrale, Kourmanbek Bakiev. (cyberpresse.ca)

29 février 2004. (…) le président [haïtien] Jean-Bertrand Aristide s’est enfui vers Bangui, la capitale de la République Centrafricaine, une fois que les bandes militaires, dont une partie l’avait soutenue autrefois, l’eurent chassé du sol haïtien. (Thomas Edeling, Rene Despestre et l’histoire haïtienne, Grin Verlag, 2004)

17 octobre 2003. Fuite du président [bolivien] Gonzalo Sanchez de Lozada aux USA suite à une rébellion populaire. (Histoire Bolivie, Easy Voyage).

24 décembre 1999. Informé de la désertion de ses gardes, [le président ivoirien Henri Konan] Bédié fut frappé d’une intense panique et enjoignit [au Général] Tanny de l’emmener chez l’Ambassadeur de France. À peine Tanny eut-il arrêté sa voiture devant la résidence du diplomate, Bédié bondit s’y réfugier, laissant Tanny au milieu de la rue. Dans sa précipitation, il oublia son épouse (…). (Le Toubabou [pseudonyme de Claude Garrier], Le millefeuille ivoirien : un héritage de contraintes, L’Harmattan, 2005)

2 janvier 1992. À partir du 22 décembre [1991], l’ancienne garde nationale attaque le palais du parlement où le président [georgien Zviad Gamsakhourdia] s’est réfugié, et l’opposition annonce la prise du pouvoir par un conseil militaire le 2 janvier. Dans la nuit du 5 au 6, le président s’enfuit. (Le Soir, 6/1/1994)

2 décembre 1990. Le Tchad est une région d’incertitudes depuis plus de trente années (…). L’aventure commencée par M. Idriss Deby le 2 avril 1989, lui qui était l’ancien chef d’État-major du Président Hissène Habré s’est achevée le 2 décembre dernier par la prise de N’Djamena, et la fuite du président Hissène Habré qui s’est réfugié au Cameroun. (La politique étrangère de la France. Textes et documents, Ministère des affaires étrangères, 1990).

7 février 1986. Il [le président haïtien Jean-Claude Duvalier, « Bébé Doc »] s’enfuit avec les économies de la famille (estimées à près de 120 millions de dollars) et est accueilli de façon non officielle par la France, où les autorités affirment avoir « perdu sa trace ». (Pascal Varejka, in Patrick Boman et al., Le Guide suprême. Petit dictionnaire des dictateurs. Ginkgo Éditeur, 2008)

12 avril 1979. Kampala tombe, et Amin s’enfuit, d’abord en Libye, puis en Irak et finalement en Arabie Saoudite. (L’Express international)

16 janvier 1979. Des émeutes embrasent l’Iran pendant l’été 1978. Face à la montée de la contestation, le Shah quitte le pays le 16 janvier 1979 (…). (Eric Nguyen, La politique étrangère des Etats-Unis depuis 1945, Studyrama, 2004).

29 mai 1968. Un demi-million de manifestants défilent à Paris. Le général de Gaulle disparaît durant quelques heures, provoquant de vives inquiétudes dans son camp. (Bernard Grand, Mai-68. Les tracts de la révolte, 2008).

31 décembre 1958. Dans la nuit du nouvel an 1959, tout bascule. Les guerilleros qui ont pris les armes contre le régime corrompu de Fulgencio Batista sont aux portes de la capitale, et le Président s’enfuit dans son avion personnel. (François-Xavier Gomez, in La Ceiba y la Palma Real)

15 août 1953. Un peu plus tard, survient le coup d’État manqué du roi. Il signe la lettre de révocation de son Premier ministre (…). Ce papier n’a aucune valeur (…). Le Shah s’enfuit aussitôt après son échec, le 15 août 1953, via Bagdad à Rome. (Shirïne Samii, Sous le règne du Shah. Récit, L’Harmattan, 2005)

1er août 1830. Lundi 26 juillet deux ordonnances signées de Charles X et de sept ministres violaient la Charte, nous arrachaient la liberté de la presse, rayaient d’un trait de plume la liberté électorale ; et le 1er août Charles X et les ministres étaient en fuite. (L. Véron, « Paris. Les 26, 27, 28 et 29 juillet. », in Revue de Paris, 1830)

19 mars 1814. Les troupes de Paris ne respondent point au cri de Vive le roi ! Louis XVIII comprend leur silence, et cédant à la nécessité, il quitte son palais dans la nuit du 19 au 20 mars ; il se rend à Lille, puis à Gand, où M. de Talleyrand ne tarde pas à le rejoindre, et où le suivent, avec ses fidèles serviteurs, tous ceux qui déguisent leur prudence sous l’apparence du dévouement. (M. F.-A. Mignet, Histoire de la révolution française depuis 1789 jusqu’en 1814, augmentée de l’histoire de la Restauration jusqu’à l’avènement de Louis-Philippe Ier par M. Émile de Bonnechose, Bruxelles et Liège, 1838.)

20 juin 1791. La fuite du Roi Louix XVI et de sa famille, accompagnés de quelques serviteurs courageux et fidèles, est l’un des événements les plus considérables et les plus dramatiques de la Révolution. (Eugène Bimbenet, Fuite de Louix XVI à Varennes, d’après les documents judiciaires et administratifs déposés au greffe de la haute cour nationale établie à Orléans, 1868.)

5 janvier 1689. Vous allez voir, par la nouvelle d’aujourd’hui, comme le roi d’Angleterre [Jacques II] s’est sauvé de Londres, apparemment par la bonne volonté du prince d’Orange. (Madame de Sévigné)

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